Un dallage sur terre-plein ne tient que par ce qu’il y a dessous : la couche de forme, puis le sol. Quand il s’affaisse, la question n’est pas « faut-il reboucher ? », mais « qu’est-ce qui a bougé dessous, et pourquoi ? ». Ce guide aide à départager les causes, à rassembler ce qui servira au diagnostic, et à savoir quelle garantie peut jouer. Le tri des fissures de plafond, de carrelage et de dalle se trouve dans fissures au plafond, au carrelage, sur une dalle ; le choix entre dallage et vide sanitaire pour une maison neuve, dans vide sanitaire ou dallage.
De quoi parle-t-on ?
- Le dallage sur terre-plein est, selon la fiche A.06 de l’Agence Qualité Construction (AQC, mise à jour en septembre 2026), une dalle en béton d’au moins 12 cm d’épaisseur pour une maison individuelle, coulée sur une couche de forme qui lui sert d’assise. Il suit les mouvements du sol et de cette forme.
- La dalle portée, ou plancher sur vide sanitaire, s’appuie sur les fondations. Si elle fléchit, la question relève d’abord de la structure, que Solintek ne traite pas.
- La terrasse, le perron, l’allée sont des dalles extérieures posées sur le terrain, souvent sur un remblai rapporté contre la maison.
« Tassement » et « affaissement » se croisent dans les fiches de l’AQC : le tassement est la descente du sol ou de la couche qui porte l’ouvrage, l’affaissement le désordre que l’on voit sur le dallage. La fiche A.01 rappelle qu’un tassement différentiel de l’ordre du centimètre peut suffire à fissurer murs et cloisons.
Les signes à relever
| Signe | Ce qu’il suggère | Source |
|---|---|---|
| Vide entre le revêtement de sol et les plinthes, au pied des murs extérieurs | Dallage qui s’affaisse en rive | AQC, fiche A.06 |
| Fissures dans les cloisons et le revêtement de sol | Dallage qui s’affaisse | AQC, fiche A.06 |
| Canalisation arrachée dans ou sous le dallage | Mouvement assez fort pour rompre un réseau ; une fuite peut aussi être la cause de l’affaissement | AQC, fiche A.06 |
| Terrasse, perron ou garage qui se décolle de la maison | Mouvement différentiel entre deux ouvrages ; désordre typique du retrait-gonflement des argiles | Ministère de la Transition écologique |
| Végétation qui pousse entre plinthe et carrelage | Affaissement marqué : plus d’un centimètre dans l’exemple de la fiche | AQC, fiche A.06 |
| Fissures des façades, portes qui coincent | Mouvement des fondations, pas seulement du dallage | Voir lire une fissure |
Mesurez le vide sous les plinthes aux mêmes points, avec la date, d’une fois sur l’autre ; pour une fissure qui accompagne l’affaissement, voir le témoin de fissure.
Quatre causes à départager
1. La couche de forme et le remblai
La fiche A.06 range parmi les causes une couche de forme mal réalisée : décapage insuffisant de la terre végétale, dallage coulé directement sur la terre végétale, matériaux inadaptés, compactage insuffisant, notamment en périphérie, épaisseur excessive ou hétérogène. Elle donne en regard les bonnes pratiques : décaper la terre végétale sur environ 30 cm, compacter par couches de 20 cm au plus, y compris en périphérie et le long des façades, contrôler le résultat (module minimal de 30 MPa/m selon le DTU 13.3), et préférer un vide sanitaire au-delà de 40 cm de remblai.
La fiche A.01 ajoute deux remblais d’âges différents sous un même ouvrage, l’un ancien peu compressible, l’autre récent mal compacté, et une plate-forme créée après coup contre une façade, qui charge le sol au droit de sa fondation. L’Ifsttar signale enfin les trous de souches remblayés avec du matériau remanié, qui rendent un terrain très hétérogène. Voir le terrain remblayé.
2. L’argile
Selon l’Ifsttar et le CSTB (2017), le tassement ou le gonflement différentiel du sol sous les fondations ou sous les dallages est la conséquence dommageable du retrait-gonflement, et son amplitude dépend de l’épaisseur d’argile sous l’ouvrage. Les fissures qui en résultent touchent les murs, les planchers et les terrasses. Le guide du ministère de septembre 2025 décrit sur les dallages des fissures dues aux mouvements différentiels, des affaissements ou des soulèvements causés par les variations de volume du sol, et des désordres aggravés par l’absence ou la défaillance des joints.
Pour les terrasses, l’Ifsttar demande de désolidariser par un joint de rupture les ouvrages annexes et aménagements extérieurs fondés différemment du bâtiment, terrasse comprise, et de placer les haies à 1,5 fois leur taille adulte des trottoirs et terrasses aussi. Voir le retrait-gonflement des argiles et les arbres près de la maison.
3. L’eau
La fiche A.06 cite les fuites de canalisations enterrées, et les terrains soumis à l’action de l’eau : nappe, crues, cuvettes. Le guide du ministère range les trottoirs et terrasses en contre-pente, et les remblais perméables, parmi les « pièges à eau » qui font travailler une argile au pied des murs. La fiche A.01 compte aussi la rupture d’une canalisation enterrée ou d’un regard d’eau pluviale, qui change localement la consistance du sol. Voir le drainage autour de la maison.
4. Ce qui est posé sur le sol
Le sol n’est pas toujours en cause. La fiche A.06 détaille un cas où un isolant de compressibilité inadaptée, posé sous le dallage à la place d’un isolant spécifique, a provoqué un tassement de 14 mm, la rupture du carrelage et celle de cloisons en briques. Elle cite aussi l’isolant absent sur une partie de la surface. C’est un défaut d’exécution du dallage lui-même.
Défaut d’exécution ou sol : comment trancher
La forme de l’affaissement ne suffit pas. Ce qui tranche, ce sont des constats faits sous et autour de l’ouvrage :
- l’âge et l’histoire : date de construction, travaux, fuite, été sec, qui situent le début du désordre ;
- la carotte du dallage : épaisseur, présence et nature de l’isolant, couche de forme ;
- les sondages au droit de l’affaissement et à côté : nature et épaisseur du remblai, compacité, présence d’argile, traces d’eau ;
- les réseaux sous et près de la dalle : un contrôle d’étanchéité dit si une fuite alimente le sol ;
- les arbres et haies proches, et l’écoulement des eaux de toiture et de ruissellement.
Le diagnostic G5 porte sur la part du sol dans le désordre ; son prix figure sur la page du diagnostic G5. Pour une maison dont les murs fissurent aussi, voir le diagnostic des fissures.
Quelle garantie peut jouer
| Situation | Garantie | Texte |
|---|---|---|
| Désordre apparu dans l’année qui suit la réception | Garantie de parfait achèvement : désordres signalés par réserves au procès-verbal, ou par notification écrite pour ceux révélés ensuite | Code civil, 1792-6 |
| Dommage qui compromet la solidité ou rend l’ouvrage impropre à sa destination, dans les dix ans après la réception | Responsabilité décennale du constructeur, même pour un vice du sol ; la dommages-ouvrage préfinance la réparation sans recherche de responsabilité | Code civil, 1792 et 1792-4-1 ; code des assurances, L. 242-1 |
| Mouvement de terrain dû à la sécheresse, commune reconnue par arrêté | Garantie catastrophe naturelle du contrat d’habitation ; déclaration au plus tard 30 jours après la publication de l’arrêté, franchise de 1 520 € pour un bien non professionnel | Code des assurances, L. 125-1 ; F3076 |
Service-public.gouv.fr (fiche F2034) cite parmi les ouvrages couverts par la garantie décennale les fondations, l’ossature et les ouvrages avec fondations comme une terrasse. Tout affaissement n’atteint pas pour autant le seuil de gravité de l’article 1792 : c’est l’expertise qui l’apprécie. La dommages-ouvrage exclut notamment l’usure normale et le défaut d’entretien.
En pratique :
- déclarer sans attendre de connaître la cause : la déclaration à l’assureur dommages-ouvrage se fait dans le délai du contrat, qui ne peut être inférieur à cinq jours ouvrés, et au plus tard dans les deux ans qui suivent la connaissance du sinistre (F2032) ;
- conserver le procès-verbal de réception, les études de sol, les plans et les photographies datées ;
- éviter de réparer avant l’expertise ce qui pourrait en être l’objet, sauf mesure de sécurité.
Le détail de la dommages-ouvrage est dans dommages-ouvrage et étude de sol, celui de la sécheresse dans déclarer un sinistre sécheresse.
Réparer : la cause d’abord
Reboucher un vide ou ragréer un carrelage sans traiter la cause expose à voir le désordre revenir. L’ordre reste celui de réparer une fissure : établir si l’ouvrage bouge encore et pourquoi, traiter l’eau, la végétation ou la fuite, puis réparer.
Sur un sol argileux très sensible, le guide du ministère de septembre 2025 juge qu’aucune solution de confortement du dallage n’est pérenne et recommande de le remplacer par un plancher accroché aux fondations existantes, en laissant un vide sanitaire. Le guide y voit une intervention lourde, qui impose de recalculer les charges reprises par les fondations, généralement avec une reprise en sous-œuvre réalisée en même temps ; il l’estime entre 6 et 12 k€ HT d’après l’Ifsttar (2017). Les familles de reprise sont présentées dans la reprise en sous-œuvre et l’injection de résine. Pour une terrasse refaite, l’Ifsttar demande de la désolidariser de la maison par un joint de rupture quand elle est fondée différemment.
Rédaction Solintek. Mise à jour le 28 octobre 2026.
Sources et références :
- Agence Qualité Construction, fiche pathologie A.06, affaissement de dallage de maisons individuelles, mise à jour en septembre 2026
- Agence Qualité Construction, fiche pathologie A.01, mouvements de fondations de maisons individuelles, tassements courants, édition 2026
- Ifsttar et CSTB, Retrait et gonflement des argiles, guide 2 : protéger sa maison de la sécheresse, 2017
- Ministère de la Transition écologique, Mesures de prévention, d'adaptation et de remédiation du phénomène RGA, septembre 2025
- Ministère de la Transition écologique, retrait-gonflement des argiles dans la construction, mis à jour le 9 avril 2026
- Code civil, article 1792
- Code civil, articles 1792-1 à 1792-6 (section des devis et marchés)
- Code des assurances, article L. 242-1 (assurance de dommages obligatoire)
- Code des assurances, article L. 125-1 (catastrophes naturelles)
- Service-public.gouv.fr, garantie décennale des constructeurs (F2034), vérifiée le 10 avril 2026
- Service-public.gouv.fr, assurance dommages-ouvrage (F2032), vérifiée le 17 septembre 2026
- Service-public.gouv.fr, indemnisation des catastrophes naturelles (F3076), vérifiée le 10 avril 2026