Drainer, autour d’une maison, veut dire éloigner l’eau des fondations : eaux de toiture, ruissellement, circulations souterraines. Sur un sol argileux, un drain posé au pied des murs fait souvent l’inverse : il retient l’eau là où elle fait gonfler le sol. Ce guide présente les principes que décrivent les guides publics et ce que l’étude de sol apporte avant de concevoir un drainage. Il ne dimensionne aucun ouvrage : le tracé, les pentes et l’exutoire relèvent du concepteur.
L’infiltration des eaux de pluie à la parcelle est traitée dans puits et tranchées d’infiltration, la nappe et le cuvelage dans la nappe phréatique.
Quatre eaux, quatre réponses
Le guide de l’Ifsttar et du CSTB (2017) prend le mot « drainage » au sens large : gérer l’écoulement de toutes les eaux, superficielles ou souterraines, d’origine pluviale ou sanitaire. Il pose une règle de méthode : la conception va de l’aval vers l’amont. On se préoccupe d’abord de l’exutoire vers lequel l’eau sera dirigée, avant de décrire comment la capter.
| Eau | D’où elle vient | Ce que décrivent les guides |
|---|---|---|
| Eaux de toiture | Gouttières et descentes | Éloignées des pieds de façade, avec un exutoire en aval de la maison (arrêté du 22 juillet 2020) ; en terrain argileux, gouttières obligatoires et chaînes de descente à proscrire (ministère, 2025) |
| Ruissellement | Terrain en amont, surfaces imperméables | Pentes modelées pour éloigner l’eau, noue ou caniveau en amont, pourtour imperméabilisé |
| Eaux souterraines | Circulations à faible profondeur, tranchées de réseaux | Tranchée drainante à distance des fondations, raccordée à un collecteur en aval |
| Eaux usées | Fosse, ouvrage de traitement | Ouvrages en aval de la maison, à 5 m au minimum selon l’Ifsttar |
Le guide du ministère de septembre 2025 insiste sur un point : le réseau de drainage des eaux de ruissellement est impérativement séparé de celui des eaux pluviales. Les eaux de toiture vont au réseau, ou à un ouvrage d’infiltration éloigné de la maison, et en aucun cas dans les drains périphériques.
Le drain périphérique : à distance, pas contre les murs
Ce que disent les guides
- La distance. Le guide de l’Ifsttar indique que, selon les préconisations du NF DTU 20.1, les tranchées drainantes sont éloignées de la construction de 2 m au moins. Le guide du ministère de 2025 retient une distance minimale de 1 m à 1,5 m, avec un raccordement en aval de la maison à un collecteur qui mène à l’exutoire. Les chiffres diffèrent ; le principe est le même.
- La raison. Un drain au contact des fondations, s’il se colmate, peut humidifier fortement le sol d’assise (Ifsttar). L’humidification accidentelle peut aussi diminuer les propriétés mécaniques du terrain et provoquer des tassements différentiels.
- La profondeur. Les tranchées descendent plus bas que les fondations, mais sans passer sous une ligne de pente de 1 pour 3 tracée depuis la base des fondations, pour ne pas déstabiliser leur appui (Ifsttar). Le ministère fait dépendre la profondeur de la nature et de la pente du terrain.
- La composition. Une tranchée remplie de cailloux, protégée du terrain par un géotextile, avec en fond un drain de type « drain routier » résistant à l’écrasement ; les drains agricoles d’épandage sont à proscrire (Ifsttar).
- L’exutoire. L’écoulement doit être gravitaire et sans contre-pente. Quand il faut descendre sous le niveau d’un exutoire possible, une pompe de relevage lève l’obstacle, au prix d’une maintenance (Ifsttar).
- L’entretien. Curetage mécanique ou eau sous pression, régulièrement ; le ministère juge les regards de visite obligatoires pour le permettre.
En terrain en pente
Le guide du ministère note que la maison fait barrage aux écoulements dès une pente de 3 %. L’Ifsttar précise qu’un drain superficiel ne suffit pas quand la surface du terrain est perméable : l’eau circule à quelques décimètres de profondeur, à l’interface entre le sol perméable et le sol imperméable, et la tranchée drainante doit descendre jusqu’à elle. Le tracé profite de la pente pour contourner la maison et rejoindre le collecteur en aval. Voir construire sur un terrain en pente.
L’Ifsttar signale aussi que la tranchée d’un branchement, remblayée au sable, forme un excellent drain qui peut conduire l’eau vers la maison.
Quand le drainage aggrave
Le guide du ministère range parmi les « pièges à eau » des aménagements mal pensés sur argile les remblais perméables, les trottoirs et terrasses en contre-pente et le drain de pied de façade. Avec l’Ifsttar et l’Agence Qualité Construction (AQC), il permet de dresser la liste des erreurs :
- Le drain en pied de façade sur argile : le ministère écrit qu’il est interdit de l’implanter ainsi, car il constituerait un piège à eau.
- Les eaux de toiture envoyées dans le drain, que le guide du ministère exclut en toutes circonstances : le drain est fait pour l’eau du terrain, pas pour celle du toit.
- Un drain sans exutoire, ou en contre-pente : l’eau s’accumule contre les murs.
- Un pourtour en matériaux drainants : le ministère montre une maison dont le pourtour laissait l’eau de pluie s’infiltrer et stagner l’hiver, puis s’ouvrir l’été de fissures de dessiccation de plusieurs centimètres.
- Des trottoirs et une terrasse en contre-pente, ou des remblais perméables contre les murs, que le ministère range parmi les pièges à eau.
- Un drain jamais curé, qui se colmate et sature le sol de fondation.
La fiche A.01 de l’AQC ajoute, parmi les causes de tassement, le défaut de nivellement du terrain conjugué à une absence de drainage, qui laisse le ruissellement s’accumuler contre la maison et s’infiltrer jusqu’aux fondations. Ne pas drainer peut donc nuire autant que drainer au mauvais endroit.
Le sous-sol : une autre question
Un sous-sol pose le problème de l’eau contre des murs enterrés. La fiche B.02 de l’AQC (septembre 2026) range parmi les causes de sinistres un drainage périphérique non prévu alors que des eaux souterraines ou de ruissellement peuvent s’accumuler contre ces murs. Elle relève des défauts récurrents : drains agricoles perforés de tous côtés à la place de drains de bâtiment, drain plus haut que le sol intérieur du sous-sol, absence d’exutoire, absence de géotextile, absence de regards. Elle rappelle qu’une nappe à excroissances ne protège pas de l’eau, qui la contourne : elle doit être associée à un drainage, et les murs demandent au minimum un revêtement d’imperméabilisation.
Ici, le drain longe le pied du mur enterré, sous le niveau du dallage du sous-sol. Sur un sol argileux, la question devient délicate : c’est l’étude qui dit d’où vient l’eau et comment la capter sans mouiller le sol d’assise. Et si la nappe peut monter au-dessus du dallage, la même fiche B.02 renvoie à un cuvelage, que le drainage ne remplace pas. Voir préparer l’étude d’un sous-sol et vide sanitaire ou dallage.
Autour de la maison : imperméabiliser plutôt que drainer
Sur argile, l’objectif est une teneur en eau à peu près constante sous les fondations (Ifsttar). Pour une maison neuve construite selon les techniques particulières, l’arrêté du 22 juillet 2020 demande d’imperméabiliser la surface du sol autour de la construction, de détourner à distance les eaux de ruissellement par un réseau de drainage, et d’isoler des fondations les puisards proches.
Pour la largeur de l’étanchéité, l’Ifsttar parle d’un système étanche le plus large possible, de 1,50 m à 2,50 m selon la vulnérabilité de la maison, la page du ministère d’un trottoir imperméable d’au moins 1 m. Les guides décrivent deux solutions :
- un trottoir périphérique en béton armé posé sur polyane, relié au mur par un joint souple, en pente pour éloigner l’eau ;
- une géomembrane sous la terre végétale, raccordée aux façades, quand un revêtement étanche n’est pas réalisable, notamment en pente.
L’Ifsttar ajoute deux précautions : le dispositif n’est pleinement efficace que sur tout le pourtour, ce qui peut buter sur une façade en limite de propriété ; et, une fois le pourtour étanche, un vide sanitaire doit rester normalement, c’est-à-dire faiblement, ventilé, pour que le sol sous la maison ne s’assèche pas par lui. Les autres gestes sont dans maison sur sol argileux : les bons gestes.
Ce que l’étude de sol apporte
L’Ifsttar prévoit un système de drainage autonome, conforme aux règles de l’art, quand les observations faites pendant les sondages ou le terrassement laissent craindre des circulations souterraines dans la zone d’appui des fondations. Ces observations sont celles d’une étude de sol :
- la nature du sol et sa sensibilité à l’eau, qui disent si un drain près des fondations est un risque ;
- les venues d’eau des sondages, datées, et l’interface entre couches où l’eau circule ;
- la profondeur des fondations, sous laquelle une tranchée ne doit pas trop descendre ;
- la nappe, si un sous-sol est prévu, pour séparer ce qui relève du drainage et du cuvelage ;
- la perméabilité, si les eaux collectées doivent être infiltrées sur la parcelle : le ministère juge indispensable un essai de perméabilité de type Porchet avant tout ouvrage d’infiltration. Voir le test de perméabilité.
Le guide du ministère estime le coût d’un drainage périphérique déporté entre 1,5 et 10 k€ HT pour une dizaine de mètres, selon la profondeur et l’exutoire, d’après l’Ifsttar et l’Ineris (2017). Il cite, parmi les professionnels à consulter, l’architecte, le bureau d’études géotechniques, l’hydrogéologue et le bureau d’études structure.
Solintek décrit le sol, l’eau et leur sensibilité, et en tire des principes ; il ne conçoit pas le réseau et ne réalise pas de travaux. Pour une maison neuve, c’est l’objet de la G2 AVP, puis de la G2 PRO ; pour une maison fissurée où l’eau est suspectée, du diagnostic G5. Si l’eau doit s’infiltrer, voir l’étude d’infiltration. Pour l’ensemble du phénomène des argiles, voir le retrait-gonflement des argiles.
Rédaction Solintek. Mise à jour le 28 octobre 2026.
Sources et références :
- Ifsttar et CSTB, Retrait et gonflement des argiles, guide 2 : protéger sa maison de la sécheresse, 2017 (reprend les principes du NF DTU 20.1)
- Ministère de la Transition écologique, Mesures de prévention, d'adaptation et de remédiation du phénomène RGA, septembre 2025
- Ministère de la Transition écologique, retrait-gonflement des argiles dans la construction, mis à jour le 9 avril 2026
- Arrêté du 22 juillet 2020 relatif aux techniques particulières de construction en zone argileuse
- Agence Qualité Construction, fiche pathologie B.02 « Humidité en sous-sol des bâtiments », mise à jour en septembre 2026
- Agence Qualité Construction, fiche pathologie A.01, mouvements de fondations de maisons individuelles, tassements courants, édition 2026