La carte des remontées de nappe dit si un secteur est sensible. Elle ne dit ni à quelle profondeur se trouve l’eau sous votre parcelle, ni jusqu’où elle peut monter. Ce niveau se mesure sur place, dans la durée, et c’est lui qui décide du sous-sol : étanche ou non, conçu contre la poussée de l’eau, ou abandonné.
Pour préparer l’étude d’un projet avec sous-sol, voir sous-sol et nappe : préparer l’étude de sol ; pour le détail des essais, l’étude hydrogéologique.
Nappe phréatique et remontée de nappe
Géorisques définit l’inondation par remontée de nappe comme une inondation provoquée par la montée du niveau de la nappe phréatique jusqu’à la surface du sol. Sont en cause les nappes dites « libres », qu’aucune couche imperméable ne sépare du sol, dont la zone non saturée (terrain contenant à la fois de l’eau et de l’air) est mince.
Trois conditions le favorisent : une suite d’années à pluviométrie excédentaire, qui élève les niveaux d’étiage d’année en année ; un fort battement annuel de la nappe ; un grand volume d’eau stocké.
Parmi les dégâts les plus fréquents, Géorisques cite :
- l’inondation des sous-sols, des garages semi-enterrés et des caves ;
- la fissuration d’immeubles ;
- la remontée de cuves enterrées ou semi-enterrées et de piscines, voire de canalisations ;
- des désordres aux ouvrages de génie civil après l’inondation ;
- l’effondrement de marnières ou de souterrains.
Ils viennent de l’inondation elle-même ou de la décrue qui la suit.
La carte des remontées de nappe : une alerte, pas une mesure
Géorisques publie une carte nationale des zones sensibles aux remontées de nappe (métropole et Corse) ; le service « Connaître les risques près de chez moi » en donne, pour une adresse, la classe et un indice de fiabilité. Un rapport du BRGM d’octobre 2018, consacré au bassin de la Thève, reprend la méthode de cette carte nationale et ce que recouvrent ses trois classes :
| Classe de la carte | Niveau maximal estimé de la nappe |
|---|---|
| Zones potentiellement sujettes aux débordements de nappe | Au-dessus de la surface du sol |
| Zones potentiellement sujettes aux inondations de cave | Entre 0 et 5 m sous la surface |
| Zones non sujettes aux débordements de nappe ou aux inondations de cave | À plus de 5 m sous la surface |
Il en fixe aussi les limites :
- calcul par mailles de 250 m de côté, à partir de l’altitude moyenne du sol sur chaque maille ;
- carte non valide dans les zones karstiques, les zones urbaines (dont les aménagements modifient les écoulements souterrains) et les secteurs d’après-mine ;
- exploitable seulement à une échelle inférieure au 1/100 000 : pour une étude locale (parcelle, 1/25 000, 1/50 000), elle « ne doit pas être utilisée ».
Géorisques renvoie aussi au rapport de mise à jour de 2022. Retenez deux choses. La classe « inondations de cave » correspond, selon Géorisques, à l’inondation des sous-sols « à quelques mètres sous la surface du sol » : elle appelle une vérification sur place, pas une conclusion. Et une classe « non sujette », lue sur une maille de 250 m ou dans une ville où la carte n’est pas valide, ne prouve pas que le terrain est sec. Voir aussi lire Géorisques.
Un niveau qui change avec les saisons et les années
Selon le BRGM, la recharge des nappes s’étend traditionnellement du début de l’automne (septembre, octobre) au début du printemps (mars, avril). Les niveaux sont hauts l’hiver et bas l’été ; entre mai et octobre, sauf pluies exceptionnelles, ils continuent de baisser jusqu’à l’automne.
Les nappes inertielles (craie, formations tertiaires et volcaniques) ont une cyclicité pluriannuelle ; les nappes réactives (alluvions, calcaires jurassiques et crétacés, grès triasiques, socle), une cyclicité annuelle, très sensible au déficit de pluie.
Pour un projet, une fouille sèche en fin d’été, au plus bas habituel, ne dit rien du mois de mars, et plusieurs hivers humides de suite peuvent laisser une nappe haute d’une année sur l’autre.
Le BRGM publie chaque mois un bulletin qui compare le mois en cours aux mêmes mois d’au moins quinze ans de mesures ; le portail ADES rassemble les données des piézomètres, MétéEAU Nappes des prévisions à six mois sur des sites représentatifs. Le réseau national, 1 860 points, suit les grandes nappes exploitées : il décrit un contexte régional, pas l’eau qui circule à 3 m sous un jardin.
Le piézomètre : la mesure sur la parcelle
Le piézomètre est un tube d’observation du niveau de la nappe (BRGM). Posé dans un sondage, il permet de revenir mesurer au même point, avec le même repère. Trois règles :
- une mesure donne le niveau d’un jour, pas celui des hautes eaux ;
- le suivi doit couvrir la recharge pour approcher les niveaux hauts de l’année ;
- les mesures se comparent à la chronique longue d’un piézomètre public captant la même nappe, pour situer l’année observée.
Il sert à retenir des niveaux de calcul. Le guide du Cerema sur les murs (mai 2017) présente ceux que fixent les annexes nationales de la NF EN 1990 : EB, eaux basses, dépassé pendant 50 % du temps de référence ; EF, eaux fréquentes, dépassé pendant 1 % du temps ; EH, eaux hautes, qui présente en général une période de retour de 50 ans ; et, pour les situations accidentelles, EE, le niveau exceptionnel qui ne peut pas être physiquement dépassé. Un niveau cinquantennal ne s’observe pas en un hiver : il se choisit à partir de la reconnaissance des conditions hydrauliques et hydrogéologiques du site, et doit rester, selon le Cerema, « une estimation prudente ».
Ce que la nappe impose à un sous-sol
La fiche pathologie B.02 de l’Agence Qualité Construction (AQC), sur l’humidité en sous-sol, range parmi les causes de sinistres un cuvelage non prévu alors que la nappe peut dépasser le niveau du dallage, et un drainage périphérique non prévu alors que des eaux souterraines ou de ruissellement peuvent s’accumuler contre les murs : deux eaux, deux ouvrages.
Le cuvelage
La fiche de l’AQC sur le cuvelage reprend la définition du NF DTU 14.1 : les travaux de cuvelage participent à la réalisation d’une barrière à l’eau, stable et continue. Elle distingue trois types :
| Type de cuvelage | Principe | Ce qui reste admis |
|---|---|---|
| Structure relativement étanche | La structure en béton fait elle-même barrière | Un léger passage d’eau, éventuellement récupéré |
| Avec revêtement d’imperméabilisation | Écran intérieur adhérent au support, qui ne résiste pas à sa fissuration | Imperméable à l’eau liquide, pas à la vapeur : des taches d’humidité sont admises |
| Avec revêtement d’étanchéité | Revêtement appliqué à l’extérieur | Étanche à l’eau liquide et à la vapeur |
La technique se choisit d’après la destination des locaux, à définir en amont : parking, chaufferie, stockage, archives ou habitation. La fiche B.02 conseille d’éviter d’aménager plus tard en lieu de vie un sous-sol qui n’a pas été conçu pour cet usage.
Le drainage
La fiche B.02 relève les défauts les plus courants : drains agricoles perforés de tous côtés à la place de drains de bâtiment perforés sur le dessus, fil d’eau du drain plus haut que le sol intérieur du sous-sol, absence d’exutoire (l’eau s’accumule alors contre les murs), absence de géotextile contre le colmatage, absence de regards de visite. Les limites du drainage sont présentées dans le guide du sous-sol.
La poussée de l’eau vers le haut
Sous la nappe, l’eau pousse sur le plancher bas de bas en haut. Le guide du Cerema prend pour l’eau un poids volumique de 10 kN/m³ : environ 10 kPa, soit une tonne par mètre carré, par mètre d’eau au-dessus de la sous-face du radier. Un sous-sol étanche et léger peut se soulever, comme les cuves et les piscines que cite Géorisques.
Le pompage pendant les travaux
Pomper la nappe pour travailler au sec peut relever de la rubrique 1.1.2.0 de l’article R. 214-1 du code de l’environnement, qui vise les prélèvements, permanents ou temporaires, issus d’un forage, d’un puits ou d’un ouvrage souterrain dans un système aquifère, hors nappe d’accompagnement d’un cours d’eau, par pompage, drainage ou tout autre procédé. Selon le volume total prélevé, ils sont soumis à déclaration au-delà de 10 000 m³ par an et à autorisation à partir de 200 000 m³ par an. Les débits à prévoir, donc le régime, sortent de l’étude.
Ce que mesurent l’étude de sol et l’étude hydrogéologique
| Étude de sol de conception (G2) | Étude hydrogéologique | |
|---|---|---|
| Question posée | Sur quoi fonder, comment terrasser, comment protéger l’ouvrage de l’eau | Jusqu’où l’eau peut monter, quelle pression, quel débit pomper |
| Ce qui est mesuré | Sondages et essais, venues d’eau notées avec leur date, piézomètre s’il est prévu | Niveaux suivis dans des piézomètres, perméabilités, essai de pompage selon le projet |
| Ce qui en sort | Nature des fondations, du plancher bas et des murs contre terre, et leur protection vis-à-vis de l’eau | Niveaux d’eau de référence, hauteur du cuvelage, pressions à reprendre, débits |
La fiche de l’AQC sur le cuvelage demande les deux : une étude hydrogéologique pour les niveaux d’eau, qui fixent le niveau d’arase du cuvelage et le dimensionnement des fondations, du plancher bas et des voiles contre terre vis-à-vis des pressions de l’eau ; une G2 PRO pour les infrastructures et leur protection (butons, barbacanes, pompage, drainage périmétrique, cuvelage). Elle rappelle l’enchaînement des missions de la NF P 94-500 : G3 à la charge de l’entreprise, G4 à celle du maître d’ouvrage.
Voir l’étude hydrogéologique et son prix, la G2 AVP puis la G2 PRO. Avant d’acheter, voir l’étude de sol avant de signer. La nappe pèse aussi sur la conception d’une piscine, d’un mur de soutènement ou d’un ouvrage d’infiltration des eaux pluviales.
Si la nappe a déjà inondé la cave
Géorisques recommande d’être très prudent lors du pompage d’une cave inondée, pour ne pas fragiliser les murs par la différence de pression exercée par l’eau. À long terme, les infiltrations dans les murs peuvent aussi désagréger les mortiers.
Côté indemnisation, les arrêtés de catastrophe naturelle reconnaissent les inondations par remontée de nappe phréatique : celui du 12 juin 2026, publié au Journal officiel du lendemain, vise par exemple Jonchères (Drôme) du 20 au 25 février 2026. L’indemnisation suppose un arrêté pour la commune et la période, et un contrat d’assurance couvrant les biens endommagés (service-public.gouv.fr, fiche F3076).
Rédaction Solintek. Mise à jour le 23 octobre 2026.
Sources et références :
- Géorisques, dossier expert sur les inondations (remontée de nappe), consulté le 23 octobre 2026
- Géorisques, base de données des inondations par remontée de nappes, consultée le 23 octobre 2026
- Géorisques, fiche communale « Risque de remontées de nappe » (exemple de Mantes-la-Ville), consultée le 23 octobre 2026
- BRGM, rapport RP-68115-FR, cartographie du risque d'inondation par remontée de nappe sur le bassin versant de la Thève, octobre 2018 (reprend la méthode et les préconisations de la carte nationale)
- BRGM, nappes phréatiques et suivi de l'eau souterraine, mise à jour le 25 juin 2026
- Cerema, Eurocode 7, application aux murs (NF P94-281), guide méthodologique, mai 2017 (niveaux d'eau de référence)
- Agence Qualité Construction, fiche maîtrise d'ouvrage professionnelle « Le cuvelage », décembre 2025
- Agence Qualité Construction, fiche pathologie bâtiment B.02 « Humidité en sous-sol des bâtiments », mise à jour en septembre 2026
- Code de l'environnement, article R. 214-1, nomenclature des installations, ouvrages, travaux et activités (rubrique 1.1.2.0), version en vigueur depuis le 29 août 2025
- Arrêté du 12 juin 2026 portant reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle, Journal officiel du 13 juin 2026
- Service-public.gouv.fr, indemnisation des catastrophes naturelles (F3076), vérifiée le 10 avril 2026