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Guide · Risques

Anciennes carrières en Île-de-France : se renseigner, étudier, construire

Sous Paris et sa petite couronne, plus de 3 000 hectares reposent sur d'anciennes carrières de calcaire, de gypse ou de craie. Elles ne se voient pas : elles se lisent sur un atlas tenu depuis le XIXe siècle, puis se vérifient par sondages.

Lecture : 8 minMis à jour le 28 octobre 2026

Machine de forage, trou de sondage et ruban de mesure sur un terrain enherbé
Machine et point de sondage sur le terrain. Photographie Solintek.

À Paris et en petite couronne, une ancienne carrière se recherche d’abord sur l’atlas de l’Inspection générale des carrières, puis sous la parcelle, par sondages. Dans un périmètre de risque, le permis passe par l’avis de ce service, qui peut exiger une reconnaissance du sous-sol avant de fixer ses prescriptions : comblement, consolidation ou fondations adaptées. Les méthodes générales de recherche d’un vide sont dans le guide des cavités souterraines ; la dissolution naturelle du gypse, phénomène distinct, a son propre guide.

Ce que sont les carrières de Paris

Le sous-sol de la région a fourni la pierre et le plâtre de la capitale. L’Inspection générale des carrières (IGC), service de la Ville de Paris, cite surtout trois matériaux : le calcaire grossier, exploité comme pierre à bâtir (colline Sainte-Geneviève), le gypse, pour le plâtre (butte Montmartre), et la craie ; limons, sables, travertin, marnes et argiles l’ont été aussi. Ses chiffres, repris de sa page « Tout savoir sur les sous-sols » et de son rapport d’activité 2025 :

SecteurCalcaire grossierGypseCraie
Paris770 ha, sous les 5e, 6e, 8e, 12e, 13e, 14e, 15e et 16e arrondissements65 ha, dans le nord-est (10e, 18e, 19e et 20e)Non citée
Hauts-de-Seine1 014 ha150 ha35 ha, à Issy-les-Moulineaux, Sèvres, Meudon et Clamart
Seine-Saint-DenisNon cité482 haNon citée
Val-de-Marne565 ha104 haNon citée
Total2 349 ha801 ha35 ha

Le 8e arrondissement figure dans le rapport 2025, pas dans la liste de la page de la Ville.

Au total, selon l’IGC, plus de 3 000 hectares sont touchés, répartis sur 70 communes. À l’échelle de toute l’Île-de-France, Géorisques compte environ 4 700 hectares sous-minés par des carrières. Il situe en général les carrières souterraines entre 5 et 50 mètres de profondeur, parfois 60 à 70 mètres dans certaines exploitations de craie, autour de Meudon notamment, et de gypse du Bassin parisien.

Selon l’IGC des Yvelines, de l’Essonne et du Val-d’Oise, les carrières à piliers tournés gardaient des masses de roche pour tenir le toit, dans le gypse, la craie et le calcaire ; celles par hagues et bourrages, imposées à la fin du XVIIIe siècle et propres au calcaire grossier, soutenaient le toit par des piliers de blocs empilés tenus par des remblais.

Le service est né d’un accident : après l’affaissement de la route d’Orléans sur plus de 300 mètres, un arrêt du Conseil d’État du Roi du 4 avril 1777 crée l’Inspection des carrières. Son atlas au 1/1 000, publié pour la première fois en 1859 avec 17 feuilles, en compte 454 dans le rapport 2025.

Ce qui peut arriver en surface

L’IGC et Géorisques décrivent trois désordres :

  • le fontis : le toit d’une galerie cède, un vide en forme de cloche remonte vers la surface et peut finir par un cratère, avec perte du sol de fondation ;
  • l’affaissement : une cuvette se forme lentement ; il est rarement dangereux pour les personnes mais fissure les bâtiments et les réseaux ;
  • l’effondrement généralisé : rare, surtout dans les carrières de craie, quand les piliers rompent en chaîne.

L’eau aggrave tous ces phénomènes : infiltrations et fuites de réseaux peuvent réactiver ou accélérer un fontis. Rue Ernest-Reyer, dans le 14e, une cloche repérée en 2024 remontait à 11 mètres sous la chaussée ; en 2025, l’IGC y a comblé un vide d’environ 180 m³ par gravité puis par injection de coulis, et fait réaliser des forages de contrôle un mois plus tard. La même année, elle est intervenue sur 107 incidents liés au sous-sol à Paris et en petite couronne, dont 68 à Paris.

Quel service interroger

Le guide de l’étude de sol en Île-de-France détaille les démarches ; l’essentiel :

  • Paris, Hauts-de-Seine, Seine-Saint-Denis, Val-de-Marne : l’IGC de la Ville de Paris, par conventions en petite couronne, sauf à Montreuil et Vaujours. Sa fiche de renseignements coûte 10 euros ; un rendez-vous de 25 minutes avec un technicien est possible avant un achat ou un projet.
  • Yvelines, Essonne, Val-d’Oise : l’IGC interdépartementale, rattachée au conseil départemental des Yvelines, dont les renseignements écrits sont payants.
  • Seine-et-Marne : aucun service dédié aux risques du sous-sol, selon la Ville de Paris, qui renvoie vers les services municipaux ou la direction départementale des territoires de Seine-et-Marne.

Interrogée le 28 octobre 2026, la base nationale des cavités de Géorisques n’en recense aucune dans sept des huit départements franciliens ; seule la Seine-et-Marne en compte, 585. Les carrières de Paris, de la petite couronne, des Yvelines, de l’Essonne et du Val-d’Oise sont suivies par les deux inspections, hors de cette base. Et la fiche de l’IGC ne remplace pas l’état des risques dû à l’acquéreur : elle porte, dit le rapport 2025, sur l’état réel des carrières sous un terrain, pas seulement sur sa situation dans un périmètre.

Le permis de construire dans un périmètre de carrières

La plupart des périmètres de risque ont été arrêtés par les préfets en application de l’ancien article R. 111-3 du code de l’urbanisme ; ils valent aujourd’hui plan de prévention des risques et s’annexent au plan local d’urbanisme. À Paris, ce sont les arrêtés du 25 février 1977 et du 19 mars 1991. En Seine-Saint-Denis, la plupart des communes concernées ont un plan ou équivalent ; à défaut, l’IGC est consultée au titre d’arrêtés inter-préfectoraux du 26 janvier 1966 et du 25 avril 1967.

Dans ces périmètres, le service d’urbanisme consulte l’IGC sur le permis de construire, la déclaration préalable ou le permis d’aménager, qu’un plan de prévention existe ou non. Son avis dépend de l’état du sous-sol et de l’importance du projet. Les plans peuvent interdire de construire dans les zones les plus exposées ; ailleurs, l’IGC fixe au cas par cas les conditions techniques. L’article R. 111-2 du code de l’urbanisme fonde ces conditions : un projet peut être refusé, ou accepté sous réserve de prescriptions spéciales, s’il menace la sécurité publique du fait de sa situation. En 2025, l’IGC a rendu 931 avis sur des autorisations d’urbanisme à Paris.

Le point qui bloque le plus souvent un dossier : si le sous-sol est trop mal connu pour fixer des prescriptions, l’avis est défavorable et liste les éléments à recueillir. Après les travaux, des contrôleurs de l’IGC vérifient le chantier et le dossier de récolement des travaux de consolidation ou de fondations spéciales, puis l’enregistrent pour les demandes futures sur le même terrain.

Ce que l’étude de sol doit reconnaître

L’IGC interdépartementale distingue deux cas.

  • La carrière est accessible. Un géotechnicien l’inspecte : désordres visibles, fractures, circulations d’eau, état des terrains au-dessus du vide, report sur plan, puis conclusion sur la sécurité et les travaux à prévoir. Ce service le range dans une mission de type G5 de la NF P 94-500.
  • Elle ne l’est pas. Une reconnaissance par sondages, depuis la surface, doit dire si des vides existent, leurs contours, leur état de remblaiement et de stabilité, et la qualité des terrains au-dessus : zones décomprimées, amorces de fontis, cloches. Il recommande des forages destructifs en rotation, d’un diamètre proche de 100 mm, avec enregistrement de la vitesse d’avancement et des pressions, des tests de chute libre enregistrés, et l’indication de la hauteur minimale de vide que l’appareil peut déceler. Il rattache cette reconnaissance à une mission de type G2 PRO.

Dans les deux cas, les rapports sont à transmettre à l’inspection. La géophysique peut couvrir une surface et signaler des anomalies, que des forages doivent ensuite vérifier (Géorisques). Le choix et le nombre des sondages dépendent du projet : c’est l’objet de l’étude de conception G2, après une étude préalable G1 qui situe le terrain par rapport aux carrières connues.

Les traitements : injection, piliers, fondations

L’IGC des Yvelines, de l’Essonne et du Val-d’Oise décrit les techniques et leurs limites ; la Ville de Paris publie des notices techniques qui fixent des règles minimales (injection préalable aux fondations profondes en zone sous-minée, 6 janvier 2003 ; injection des carrières de calcaire, de gypse, de craie et des marnières, 15 janvier 2003 ; piliers maçonnés dans le calcaire grossier, 15 juillet 2004).

TechniquePrincipeCe que précise l’inspection
Injection par foragesBarrage pour circonscrire la zone, remplissage gravitaire, puis clavage au coulis plus riche en cimentMaillage d’ordre de grandeur de 3 × 3 m ou 4 × 4 m sous une construction
Piliers maçonnésRecréer des piliers en moellons ou parpaings pleins au mortier, dans une carrière accessibleLargeur supérieure au tiers de la hauteur, sans descendre sous 1,20 m ; à écarter sous plus de 40 m de recouvrement et dans les matériaux autres que le calcaire ; généralement associés à un remblaiement pour être définitifs
RemblaiementCombler l’essentiel du vide avec des matériaux sans liantUn clavage au coulis suit pour construire au-dessus
Fondations profondesReporter les charges sous les vides par puits ou pieuxElles n’empêchent pas un fontis de remonter : à associer à un comblement, après avoir vérifié l’absence d’autre niveau exploité sous leur pointe
Renforcement de la constructionChaînages, fondations superficielles renforcéesPour des vides dont la répartition est inconnue

S’y ajoutent les réseaux : eaux pluviales et usées raccordées aux réseaux publics, étanches et contrôlées ; tout rejet dans un puisard ou une excavation est à proscrire. Selon la notice de 2016, le choix entre plusieurs méthodes autorisées par la prescription revient au maître d’ouvrage et aux acteurs de la construction, et la conception comme l’exécution restent sous leur responsabilité. Le géotechnicien définit les reconnaissances et les hypothèses ; le bureau de structure et l’entreprise spécialisée dimensionnent et exécutent.

Qui paie

L’article 552 du code civil fait du propriétaire du sol le propriétaire du sous-sol : selon l’IGC, la charge des études et des travaux de mise en sécurité lui revient, même quand ils sont prescrits par l’autorisation d’urbanisme, et il doit informer acquéreurs et locataires des risques. Pour les aides, l’IGC renvoie vers la DRIEAT. Le fonds de prévention des risques naturels majeurs peut, sous les conditions de l’article L. 561-3 du code de l’environnement, financer la reconnaissance et le comblement d’une cavité qui menace gravement des vies humaines : le guide des cavités souterraines les détaille.

Avant d’acheter ou de déposer un permis en zone de carrières, Solintek situe le terrain dans une G1, conçoit la reconnaissance et les hypothèses dans une G2 puis une G2 PRO, et diagnostique un désordre dans une G5. Pour Paris, voir aussi l’étude de sol à Paris ; pour les repères de coût, les prix par mission et le prix d’un sondage.

Illustration

D’une ancienne carrière au fontis

Illustration en coupe d’un sous-sol calcaire sous un quartier : limon en surface, ancienne carrière souterraine avec ses piliers, puits abandonné, et fontis qui remonte d’une galerie jusqu’à la surface d’un jardin, près d’une maison.
Illustration Une galerie d’ancienne carrière peut évoluer en fontis jusqu’à la surface. © Solintek, illustration.

Questions fréquentes

Qu'appelle-t-on les carrières de Paris ?

Les vides laissés par l'extraction de pierre à bâtir (calcaire grossier), de gypse pour le plâtre et de craie, sous Paris et les communes voisines. Selon l'Inspection générale des carrières, le calcaire grossier sous-mine 770 hectares à Paris, le gypse 65 hectares, et plus de 3 000 hectares sont touchés au total, répartis sur 70 communes de Paris et de la petite couronne.

Comment savoir si mon terrain est sur une ancienne carrière ?

À Paris et dans les Hauts-de-Seine, la Seine-Saint-Denis et le Val-de-Marne, demandez la fiche de renseignements de l'Inspection générale des carrières de la Ville de Paris (10 euros, sur paris.fr/carrieres). Dans les Yvelines, l'Essonne et le Val-d'Oise, interrogez l'Inspection générale des carrières rattachée au département des Yvelines. L'état réel du sous-sol se vérifie ensuite par une inspection de la carrière quand elle est accessible, par sondages sinon.

Peut-on construire sur une ancienne carrière ?

Oui, hors des zones les plus exposées, qu'un plan de prévention peut rendre inconstructibles. Ailleurs, l'Inspection générale des carrières fixe au cas par cas les conditions techniques : reconnaissance du sous-sol, puis comblement ou consolidation des vides, ou fondations adaptées, avec un dossier de récolement à la fin des travaux.

Que se passe-t-il pour un permis de construire en zone de carrières ?

Le service d'urbanisme consulte l'Inspection générale des carrières, qui rend un avis favorable, avec ou sans prescriptions. Si l'état du sous-sol est trop mal connu pour fixer ces prescriptions, l'avis est défavorable et précise les éléments à recueillir, en pratique par une étude de sol.

Qui paie la mise en sécurité d'une ancienne carrière ?

Le propriétaire. La propriété du sol emporte celle du dessous (article 552 du code civil) ; l'Inspection générale des carrières en déduit que les études et les travaux lui reviennent, même quand ils sont prescrits par l'autorisation d'urbanisme. Des aides de l'État existent, sous conditions : la DRIEAT les renseigne.

Que faire en cas d'effondrement ou d'affaissement soudain ?

En cas de danger imminent, appelez d'abord les secours, puis prévenez l'Inspection générale des carrières, même si vous ne jugez pas utile qu'un ingénieur se déplace. Elle donne un premier diagnostic sur un lien possible avec une carrière et sur les mesures de mise en sécurité, mais ne se prononce pas sur les responsabilités.

Une étude de sol à préparer ?

Le simulateur donne une fourchette indicative en quelques minutes. Le devis ferme est établi après lecture de votre dossier (plans, adresse, projet).

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