Une marnière est une cavité creusée par l’homme, abandonnée et souvent oubliée. Elle peut ne donner aucun signe en surface jusqu’au jour où le bouchon de son puits cède. Ce guide explique ce qu’elle est, où l’on en trouve, ce que prévoient la loi et les services de l’État, et comment la rechercher. Les méthodes de détection des vides en général sont détaillées dans le guide des cavités souterraines.
Qu’est-ce qu’une marnière ?
Les plaquettes des directions départementales des territoires et de la mer (DDTM) de la Seine-Maritime et de l’Eure en donnent la définition. La craie était extraite du sous-sol pour amender les champs ; on l’appelait alors « marne », et les lieux d’extraction des marnières. Selon les services de l’État, cette activité s’étend de l’époque gallo-romaine au milieu du XIXe siècle, et la pratique était particulièrement répandue au XIXe siècle.
L’exploitation suivait en général ce schéma :
- un puits d’accès de 0,80 à 2 m de diamètre, creusé jusqu’à la première couche de craie, parfois jusqu’à 50 m de profondeur ;
- à sa base, une galerie menant aux chambres d’exploitation ;
- après l’exploitation, un puits entièrement comblé, laissé ouvert, ou obturé avec des matériaux divers : poutres, planches, grosses pierres.
Avec l’industrialisation de l’agriculture, l’exploitation a été abandonnée. Beaucoup de marnières n’ont jamais été déclarées ni recensées, ce qui rend leur localisation difficile. Géorisques précise que le remblaiement se limitait souvent au puits et laissait vides les galeries et les chambres.
Où trouve-t-on des marnières ?
Géorisques indique que la Normandie compterait environ 120 000 marnières selon les services de l’État. La DREAL Hauts-de-France les situe à la limite des Hauts-de-France et de la Normandie (exposition de septembre 2023).
Deux départements concentrent la connaissance disponible :
| Département | Communes concernées par le risque cavités | Indices de cavités répertoriés |
|---|---|---|
| Seine-Maritime | 84 %, soit 595 communes sur 708 | environ 21 200 |
| Eure | 509 communes sur 585 | environ 19 700 |
Source : plaquettes des services de l’État en Seine-Maritime et dans l’Eure, qui reprennent les décomptes d’indices de Géorisques.
Ces nombres comptent des indices, pas des marnières confirmées : ils incluent aussi des cavités naturelles et d’anciennes carrières d’autres matériaux, et la DDTM précise que son travail ne peut pas être exhaustif. La base nationale publiée sur Géorisques donne ses propres décomptes, repris sur nos pages Seine-Maritime et Eure, et sur la page de la Normandie.
Comment une marnière s’effondre
Les DDTM distinguent deux types d’effondrement :
- l’effondrement localisé, quand le « bouchon » du puits d’accès chute : il ouvre en surface un trou de quelques mètres de diamètre, mais de grande profondeur ;
- l’effondrement généralisé d’une chambre d’exploitation, par rupture des piliers ou du toit : il crée une cuvette de grand diamètre, profonde de quelques mètres.
Géorisques décrit le premier mécanisme sous le nom de débourrage : le remblai du puits s’écoule dans le vide laissé en dessous, avec ou sans action de l’eau, si bien que des puits pourtant bouchés réapparaissent en surface. Selon les DDTM, les effondrements sont favorisés par les épisodes pluvieux intenses, et certains peuvent être mortels, comme celui de 2001 à Neuville-sur-Authou, dans l’Eure.
Une marnière ne se limite pas à son puits. Ses galeries peuvent s’étendre à distance, parfois sous les parcelles voisines, ce qui explique les périmètres de sécurité décrits plus bas.
En cas d’effondrement, les DDTM recommandent de prévenir les sapeurs-pompiers (18), la police ou la gendarmerie (17), la mairie et la DDTM, de s’écarter de la zone et de la baliser, de ne pas entrer dans un bâtiment endommagé, puis de contacter la mairie et l’assureur de l’habitation. Ne vous approchez jamais d’un puits ou d’un effondrement, même ancien.
Ce que dit la loi
L’obligation de signaler. L’article L. 563-6 du code de l’environnement impose à toute personne qui a connaissance d’une cavité souterraine ou d’une marnière dont l’effondrement peut porter atteinte aux personnes ou aux biens, ou d’un indice de son existence, d’en informer le maire. Celui-ci transmet sans délai au préfet et au président du conseil départemental. La diffusion d’informations manifestement erronées, mensongères ou résultant d’une intention dolosive sur l’existence d’une telle cavité est punie de 30 000 euros d’amende.
Les cartes et les listes. Le même article prévoit que les communes ou leurs groupements compétents en urbanisme élaborent, en tant que de besoin, des cartes des sites où se trouvent des cavités et des marnières susceptibles de provoquer l’effondrement du sol. Le préfet publie et tient à jour la liste des communes pour lesquelles le maire lui a signalé une cavité ou une marnière, et de celles où existe une présomption réelle et sérieuse d’une telle cavité. Les services de l’État appellent ces inventaires communaux des recensements des indices de cavités souterraines.
La responsabilité du propriétaire. Les plaquettes des services de l’État rappellent que le propriétaire d’un terrain est aussi propriétaire du sous-sol, et donc responsable des dommages qu’une cavité située sur son terrain pourrait causer.
L’information de l’acquéreur. L’état des risques remis à l’acheteur n’est obligatoire que dans certaines zones, dont celles couvertes par un plan de prévention des risques naturels approuvé ou prescrit (service-public.gouv.fr, fiche F12239). Un indice de marnière situé hors d’un tel plan peut donc ne pas y figurer : renseignez-vous en mairie. Les services de l’État en Seine-Maritime et dans l’Eure ajoutent que le maire commet une faute en délivrant un certificat d’urbanisme qui ne mentionne pas un indice de cavité dont il a connaissance.
Le fonds Barnier. L’article L. 561-3 du code de l’environnement permet au fonds de prévention des risques naturels majeurs de contribuer à la reconnaissance et au comblement des cavités qui menacent gravement des vies humaines, lorsque ce traitement coûte moins cher qu’une expropriation, pour des biens couverts par un contrat d’assurance. Les conditions et les montants se vérifient auprès de la DDTM.
Les périmètres de sécurité autour des indices
Autour de chaque indice, l’État définit un périmètre de sécurité inscrit dans les documents d’urbanisme. Sa règle de calcul diffère selon le département.
- En Seine-Maritime, un cercle de 60 m de rayon autour d’un indice ponctuel de marnière localisé précisément, ou d’un indice de nature indéterminée ; 35 m pour une sablière, une argilière ou une bétoire ; 15 m pour une cailloutière. Un puits ou un puisard localisé n’a pas de périmètre, sauf problème de stabilité, auquel cas 60 m s’appliquent en attendant une expertise.
- Dans l’Eure, le rayon se calcule à partir de la profondeur du puits et de la longueur de la plus grande galerie, augmentées d’une marge d’incertitude et d’une zone de décompression. Les cavités naturelles reçoivent un cercle de 35 m.
Dans ces périmètres, selon les services de l’État, toute demande de permis de construire autre qu’une extension ou une annexe doit être refusée sans justificatif technique attestant l’absence de risque, en application de l’article R. 111-2 du code de l’urbanisme. La demande peut être réexaminée si le propriétaire fait mener des études (décapage, forage, curage) ou des travaux de comblement total ou partiel. Le bureau d’études qu’il mandate peut alors réévaluer le rayon ou la forme du périmètre.
Ces règles sont celles des plaquettes des services de l’État citées en source, qui ne sont pas datées. Faites-les confirmer par la mairie ou la DDTM pour votre parcelle.
Rechercher une marnière avant d’acheter ou de construire
Géorisques décrit une démarche en quatre phases, plus ou moins développée selon les enjeux.
1. L’étude documentaire. C’est un préalable à toute recherche. Elle croise une expertise géologique, qui dit si des cavités sont possibles, et une enquête :
- le rapport Géorisques à l’adresse exacte et l’inventaire national des cavités, tenu par le BRGM ;
- l’atlas des cavités de la DDTM, consultable en ligne pour la Seine-Maritime et pour l’Eure ;
- en mairie, le recensement des indices de cavités, le plan local d’urbanisme, le document d’information communale sur les risques majeurs, et le certificat d’urbanisme ;
- les photographies aériennes anciennes, les archives, et l’enquête orale auprès des habitants ;
- les questions au vendeur : indice connu, effondrement passé, étude ou comblement déjà réalisé, avec les pièces.
Le guide de lecture de Géorisques rappelle la limite de l’exercice : une base ne recense que ce qui est connu.
2. Le relevé des cavités visitables, quand l’enquête en a trouvé une accessible, par un géomètre ou un spéléologue.
3. La géophysique : microgravimétrie, sismique, prospection électrique ou électromagnétique. Elle couvre une surface et repère des anomalies, que la phase suivante doit vérifier.
4. Les forages, destructifs ou carottés, qui identifient directement les terrains et les vides. Un forage de diamètre suffisant permet d’y descendre une caméra.
Autour d’un indice de puits, les services de l’État citent aussi le décapage, qui met à nu le sol pour retrouver l’orifice, et le curage du puits. Selon Géorisques, le choix des méthodes dépend de la cavité recherchée (taille, profondeur, remplissage) et de son environnement (géologie, milieu urbain, présence de matériaux conducteurs).
Ce que l’étude permet de décider
À l’issue de la recherche, trois cas se présentent : l’indice est levé ou le périmètre réduit ; la cavité est trouvée et traitée, par exemple par un comblement contrôlé ; ou le projet est déplacé hors de la zone d’influence. Dans les secteurs de marnières, la recherche s’intègre à l’étude préalable G1 ou à l’étude de conception G2 d’une construction neuve. Pour un terrain à acheter, voir aussi l’étude de sol avant l’achat d’un terrain.
Le coût d’une recherche dépend du nombre de forages, de leur profondeur et de la surface à couvrir : voir nos prix par mission et le prix d’un sondage.
Rédaction Solintek.
Sources et références :
- Code de l'environnement, article L. 563-6
- Code de l'environnement, article L. 561-3
- DDTM de la Seine-Maritime, plaquette Marnières et autres cavités souterraines, non datée, consultée le 23 octobre 2026
- DDTM de l'Eure, plaquette Marnières et autres cavités souterraines, non datée, consultée le 23 octobre 2026
- Services de l'État en Seine-Maritime, Risques d'effondrement de cavités souterraines, recommandations pour l'urbanisme, non datée, consultée le 23 octobre 2026
- Services de l'État dans l'Eure, Risques d'effondrement de cavités souterraines, recommandations pour l'urbanisme, non datée, consultée le 23 octobre 2026
- Géorisques et BRGM, dossier expert sur les cavités souterraines, consulté le 23 octobre 2026
- DREAL Hauts-de-France, exposition Les cavités en Hauts-de-France, septembre 2023
- Service-public.gouv.fr, état des risques (F12239), vérifiée le 28 septembre 2026