Un mur de soutènement se choisit d’après le sol qu’il retient, celui qui le porte et l’eau qui circule derrière lui. Il est en principe dispensé de formalité d’urbanisme, sauf en secteur protégé. Et il est présumé appartenir au propriétaire des terres qu’il soutient, qui en assure l’entretien. Conception et diagnostic : voir l’étude géotechnique d’un mur de soutènement.
Les familles de murs
Un ouvrage de soutènement crée une dénivelée entre les terres qu’il soutient, à l’amont, et celles situées devant lui, à l’aval, et il en reçoit la poussée. La typologie du ministère de l’Équipement, diffusée par le Cerema, classe ces ouvrages en sept familles selon leur mode de fonctionnement ; les principales :
| Famille | Exemples | Principe |
|---|---|---|
| Murs poids | Pierres sèches, maçonnerie jointoyée, béton non armé ou cyclopéen, gabions, éléments préfabriqués en béton empilés | Le poids du mur contrebalance la poussée des terres |
| Murs en béton armé encastrés sur semelle | Voile sur semelle, en T ou en L renversé, parfois avec contreforts | Le voile est encastré dans la semelle ; le poids de l’ouvrage, terres posées sur la semelle comprises, participe au soutènement |
| Parois | Palplanches, parois moulées ou préfabriquées, parois composites de type berlinoise | Fichées dans le sol, autostables ou ancrées par des tirants |
| Remblais renforcés | Remblai armé de bandes métalliques ou de nappes géosynthétiques | Remblai compacté par couches, avec des renforts reliés à un parement |
| Parois clouées | Clous (ronds à béton scellés dans des forages, cornières battues) et parement en béton projeté sur treillis soudé | Les clous renforcent le sol en place |
| Voiles ancrés | Voile en béton armé | Tenu par plusieurs lits de tirants d’ancrage précontraints |
Selon le guide du Cerema sur l’Eurocode 7 (mai 2017), les murs poids, en L ou en T renversé, cellulaires, en maçonnerie, en éléments empilés ou en gabions relèvent de la NF P 94-281, les écrans de la NF P 94-282, les remblais renforcés et les massifs en sol cloué de la NF P 94-270. Le même guide précise :
- Gabions. Les cages en grillage à double torsion, agrafées entre elles, s’adaptent aux déformations et sont perméables ; les gabions électrosoudés, beaucoup plus rigides, demandent une conception adaptée.
- Enrochements. Ils ne relèvent pas a priori de la NF P 94-281, sauf des enrochements liés, calculables comme un mur poids en vérifiant la résistance des blocs.
Ce qui fait tenir un mur, et ce qui le fait tomber
Pour un mur poids, le Cerema distingue trois stabilités : interne, le mur doit rester monolithique ; externe locale, sa fondation doit reprendre les efforts sans poinçonnement ni glissement ; d’ensemble, le grand glissement du terrain qui emporterait le mur, une vérification « souvent oubliée ». Le guide sur l’Eurocode 7 y ajoute, parmi les états limites ultimes, la résistance des éléments du mur, les déplacements et rotations et, le cas échéant, le soulèvement hydraulique.
L’eau revient dans presque tous les cas d’effondrement que présente le Cerema : barbacanes bouchées, mur en pierres sèches rejointoyé sans drainage, drainage bouché, mur sans véritable fondation au drainage insuffisant. Plusieurs diagnostics concluent à la poussée hydrostatique de l’eau retenue. Le Cerema cite aussi des signes précurseurs : altération généralisée du mortier, déformation du parapet, affaissement et fissuration de la chaussée en tête, gonflement du mur qui évolue.
Pour un mur existant : garder les barbacanes ouvertes, ne pas envoyer les eaux pluviales derrière le mur, ne rien ajouter en tête sans étude, et faire examiner un mur qui bombe, penche ou fissure.
La hauteur : ce qu’elle change
Dans les théories classiques de la poussée des terres, celles de Rankine et de Coulomb que cite le Cerema, la pression d’un sol pesant croît avec la profondeur : pour un sol homogène sans surcharge, la poussée totale croît avec le carré de la hauteur, et un mur deux fois plus haut en reçoit environ quatre fois plus. L’eau ajoute la sienne, environ 10 kPa (une tonne par mètre carré) par mètre d’eau derrière le mur, le Cerema retenant pour l’eau 10 kN/m³. Les charges en tête s’y ajoutent.
Les formalités d’urbanisme
La hauteur d’un mur de soutènement ne déclenche pas, à elle seule, de formalité : le seuil de 2 m vise les autres murs et les terrassements. La notice officielle des demandes de permis et de déclaration préalable (CERFA n° 51434*13, mise à jour en septembre 2025) récapitule les cas, que confirment les articles du code de l’urbanisme en vigueur :
| Ouvrage | Formalité | Article du code de l’urbanisme |
|---|---|---|
| Mur de soutènement, hors site patrimonial remarquable et abords des monuments historiques | Aucune | R. 421-3 a |
| Mur, quelle que soit sa hauteur, dans un site patrimonial remarquable, aux abords d’un monument historique, en site classé ou en instance de classement, en réserve naturelle ou en cœur de parc national | Déclaration préalable | R. 421-11 I c |
| Autre mur de 2 m ou plus | Déclaration préalable | R. 421-9 e |
| Autre mur de moins de 2 m, hors clôtures soumises à déclaration et hors secteurs protégés | Aucune | R. 421-2 f |
| Exhaussement ou affouillement de plus de 2 m sur au moins 100 m², sauf s’il est nécessaire à l’exécution d’un permis de construire | Déclaration préalable | R. 421-23 f |
| Le même dans un site patrimonial remarquable, aux abords d’un monument historique, en site classé ou en instance de classement, ou en réserve naturelle | Permis d’aménager | R. 421-20 |
| Le même sur au moins 2 hectares | Permis d’aménager | R. 421-19 k |
À retenir :
- Dispensé ne veut pas dire libre. La notice rappelle que les projets dispensés de formalité doivent respecter les règles d’urbanisme, celles du PLU comprises.
- Le mur suit souvent le permis. La dispense tient notamment au fait que les exhaussements sont traités principalement avec la demande de permis de construire (ministère du Logement, 2015).
- Le droit des voisins reste entier : le permis est délivré sous réserve du droit des tiers (même notice). Pour un mur qui soutient des terres et sert de clôture, faites confirmer le régime par la mairie.
À qui appartient le mur, et qui paie
Entre deux terrains privés
Le ministère de l’Écologie résumait la règle en 2010, en réponse à un sénateur : un mur de soutènement empêche les terres ou les bâtiments d’une propriété de glisser sur la propriété située en contrebas ; il est donc présumé appartenir à titre exclusif au propriétaire des terres qu’il soutient, et c’est à lui seul qu’incombe l’entretien.
Le 12 octobre 2022 (n° 21-21.841), la Cour de cassation a rejeté le pourvoi d’acquéreurs d’un terrain à bâtir surplombant d’environ trois mètres la parcelle voisine, condamnés en référé à conforter le mur et qui soutenaient que le vendeur en était resté propriétaire. La cour d’appel avait rappelé qu’un mur de soutènement « est présumé appartenir exclusivement à celui dont les terres sont maintenues par l’ouvrage », relevé que le plan annexé à l’acte n’y apportait pas de titre contraire, et jugé le mur acquis avec la parcelle.
La présomption cède devant un titre : lisez l’acte de propriété et ses plans avant d’acheter un terrain surplombant ou de discuter d’une réparation.
Mitoyen ou non
Un mur séparatif est en principe présumé mitoyen (article 653 du code civil). Pas un mur de soutènement : le 26 janvier 2022 (n° 20-14.580), la Cour de cassation a jugé que cette présomption « n’est pas applicable au mur de soutènement ». Si un titre le rend mitoyen, les règles du mur mitoyen jouent : frais d’entretien partagés selon les droits de chacun, réparations décidées d’un commun accord sauf urgence. Et le droit de mitoyenneté ne peut pas être abandonné pour un mur qui retient des terres (service-public.gouv.fr, fiche F2415).
Le long d’une route
Le Conseil d’État a jugé le 15 avril 2015 (n° 369339) qu’en l’absence de titre, un mur situé à l’aplomb d’une voie publique, qui évite la chute de matériaux venus des terrains qui la surplombent, est un accessoire de la voie, même s’il maintient aussi les terres riveraines. Le 26 février 2016 (n° 389258), il a jugé de même pour un mur qui soutient une voie passant au-dessus d’un terrain privé, même implanté en totalité sur ce terrain. Le ministère de la Cohésion des territoires en concluait en 2021 que la réfection d’un mur soutenant une voie communale revient à la commune. Mais ces solutions ne valent qu’en l’absence de titre (ministère de l’Intérieur, 2016) : la présomption de propriété publique cède devant un titre de propriété privée (ministère chargé des collectivités, 2023).
Quand le mur menace
Un mur dangereux relève d’une police administrative refondue par l’ordonnance n° 2020-1144 du 16 septembre 2020, en vigueur depuis le 1er janvier 2021 : l’article L. 511-2 du code de la construction et de l’habitation vise les risques présentés par « les murs, bâtiments ou édifices quelconques » qui n’offrent pas les garanties de solidité nécessaires au maintien de la sécurité des occupants ou des tiers. La réponse ministérielle de 2010, rendue sous l’ancienne procédure de péril, décrivait une mise en demeure du propriétaire par le maire, puis des travaux exécutés d’office à ses frais. Pour la procédure actuelle, adressez-vous à la mairie.
Les malfaçons d’un mur récent
L’article 1792 du code civil rend tout constructeur d’un ouvrage responsable de plein droit des dommages, même résultant d’un vice du sol, qui compromettent sa solidité ou le rendent impropre à sa destination. Encore faut-il un dommage de cette gravité : le 30 janvier 2025 (n° 23-16.347), la Cour de cassation a approuvé le rejet de cette garantie pour un mur qui « ne s’était pas effondré » et « remplissait sa fonction », l’instabilité n’étant envisagée « que comme une éventualité ». Elle a en revanche rappelé que le vendeur d’un ouvrage qu’il a construit ou fait construire répond, pendant dix ans après la réception, des dommages dits intermédiaires, moins graves, en cas de faute prouvée. Avant les travaux, demandez à l’entreprise son attestation d’assurance de responsabilité décennale et vérifiez qu’elle vise ce type d’ouvrage.
Le rôle de l’étude géotechnique
Un mur se calcule avec des données que seul le terrain donne : nature et poids des terres retenues, résistance du sol d’assise, niveaux d’eau, pentes en amont et en aval. Les niveaux d’eau se choisissent, selon le Cerema, à partir de la reconnaissance des conditions hydrauliques et hydrogéologiques du site ; voir la nappe phréatique sous un terrain.
- Mur neuf : la G2 AVP puis la G2 PRO caractérisent les terres et le sol d’assise, fixent les hypothèses d’eau et vérifient la stabilité, y compris celle du versant.
- Pendant les travaux : la G3 est à la charge de l’entreprise, la G4 à celle du maître d’ouvrage (AQC, enchaînement des missions de la NF P 94-500). Pour le terrassement provisoire au pied d’un talus, voir le terrassement.
- Mur existant qui bouge : un diagnostic G5 cherche la cause (eau, fondation, surcharge) avant de choisir entre drainage, confortement ou reconstruction.
Voir aussi les missions G1 à G5, le prix d’une étude de soutènement, construire sur un terrain en pente et les murs de soutènement et la stabilité du terrain.
Rédaction Solintek. Mise à jour le 23 octobre 2026.
Sources et références :
- Ministère de l'Équipement, des Transports et du Logement, ouvrages de soutènement : typologie et illustrations (notice de recensement des murs), document diffusé par le Cerema
- Cerema, Eurocode 7, application aux murs (NF P94-281), guide méthodologique, mai 2017
- Cerema, fonctionnement et pathologie courante des murs de soutènement, présentation non datée
- Notice CERFA n° 51434*13 des demandes de permis et de déclaration préalable, mise à jour en septembre 2025
- Code de l'urbanisme, article R. 421-3, version en vigueur depuis le 1er avril 2017
- Code de l'urbanisme, articles R. 420-1 à R. 421-29 (dont R. 421-2, R. 421-9, R. 421-11, R. 421-19, R. 421-20 et R. 421-23), version en vigueur au 23 octobre 2026
- Sénat, question écrite n° 11192 et réponse du ministère de l'Écologie, JO Sénat du 13 mai 2010
- Sénat, question écrite n° 13237 et réponse du ministère du Logement, JO Sénat du 17 décembre 2015
- Sénat, question écrite n° 22891 et réponse du ministère de l'Intérieur, JO Sénat du 17 novembre 2016
- Sénat, question écrite n° 19362 et réponse du ministère de la Cohésion des territoires, JO Sénat du 20 mai 2021
- Sénat, question écrite n° 05869 et réponse du ministère chargé des collectivités territoriales, JO Sénat du 12 octobre 2023
- Conseil d'État, 15 avril 2015, n° 369339
- Conseil d'État, 26 février 2016, n° 389258
- Cour de cassation, troisième chambre civile, 12 octobre 2022, n° 21-21.841
- Cour de cassation, troisième chambre civile, 26 janvier 2022, n° 20-14.580
- Service-public.gouv.fr, la présomption de mitoyenneté ne s'applique pas à un mur de soutènement (Cour de cassation, 26 janvier 2022, n° 20-14.580), publié le 31 mars 2022
- Service-public.gouv.fr, mur mitoyen (F2415), vérifiée le 14 septembre 2026
- Ordonnance n° 2020-1144 du 16 septembre 2020 relative à l'harmonisation et à la simplification des polices des immeubles, locaux et installations, en vigueur le 1er janvier 2021
- Code de la construction et de l'habitation, article L. 511-2, version en vigueur depuis le 11 avril 2024
- Code civil, article 1792
- Cour de cassation, troisième chambre civile, 30 janvier 2025, n° 23-16.347
- Agence Qualité Construction, fiche maîtrise d'ouvrage professionnelle « Le cuvelage », décembre 2025 (enchaînement des missions G3 et G4)