Une fissure est un indice, pas un verdict. Deux fissures de même largeur peuvent avoir des causes et des conséquences très différentes, et la même fissure peut paraître anodine en hiver puis inquiétante en été. Ce guide ne permet pas de dire si votre maison est en danger : il vous aide à décrire ce que vous voyez, à le suivre dans le temps et à décider quand faire venir un professionnel. Pour une vue d’ensemble des causes et de la démarche, voir d’abord les fissures de maison.
Ce qu’il faut relever sur chaque fissure
Le guide technique de l’Ifsttar consacré aux désordres de sécheresse (2017) décrit le relevé que fait l’expert : la localisation, l’ouverture, la direction, la forme, la longueur, et si la fissure est traversante ou non. Il ajoute le désaffleur, c’est-à-dire le décrochement entre les deux bords, quand l’un des côtés n’est plus dans le même plan que l’autre.
Faites le même relevé, avec trois compléments :
- Un numéro par fissure, reporté sur un plan ou un croquis de chaque façade et de chaque pièce. Le guide de l’Ifsttar recommande de représenter toutes les façades dans le même sens de rotation, pour repérer une fissure qui passe d’un mur à l’autre.
- La date d’apparition, même approximative, et les circonstances : été sec, fortes pluies, fuite, arbre planté ou abattu, travaux chez un voisin.
- Une photo prise toujours du même point, avec une règle ou un mètre dans le champ pour l’échelle.
La forme : ce qu’elle suggère, sans le prouver
La forme oriente l’examen. Elle ne suffit jamais à conclure, car des causes différentes produisent des dessins proches.
| Forme | Où on la voit | Pistes à vérifier |
|---|---|---|
| En escalier, dans les joints | Façade, pignon, souvent près d’un angle | Mouvement d’un appui de fondation. L’Ifsttar range le « dessin d’escalier » parmi les indicateurs de mouvement des fondations ; le ministère l’associe aussi à un arbre trop proche. |
| Oblique, partant d’une fenêtre ou d’une porte | Angles des ouvertures | Mouvement du sol, les ouvertures étant des points de faiblesse (Géorisques) ; ou appuis, allèges et linteaux mal réalisés (AQC). |
| Horizontale | Sous l’appui d’un plancher, en haut d’un pignon, en pied de mur | Flexion ou retrait d’un plancher, chaînage absent ou mal exécuté (AQC) ; avec désaffleur, influence possible de la végétation (Ifsttar). |
| Verticale | Jonction de deux matériaux, d’un chaînage en béton et de la maçonnerie, de la maison et d’un garage ou d’une extension | Matériaux qui réagissent différemment à la chaleur et à l’humidité, liaison mal exécutée (AQC) ; fondations de configuration différente (Ifsttar). |
| Réseau de fissures très fines | Enduit, sur une grande surface | Microfissures de moins de 0,1 mm, que l’Ifsttar juge normalement indiscernables d’un retrait ou d’un effet thermique. |
Deux idées reçues sont à écarter. Une fissure horizontale n’est pas toujours la plus grave : l’Agence Qualité Construction (AQC) décrit celle qui naît sous l’appui d’un plancher qui fléchit, et précise que ces mouvements n’affectent généralement pas la solidité. Une fissure verticale bien droite n’est pas toujours bénigne : à la jonction d’une extension, elle peut traduire deux fondations qui ne bougent pas ensemble.
Les fissures d’un plafond, d’un carrelage ou d’une dalle obéissent à d’autres règles : voir fissures au plafond, au carrelage et sur une dalle.
La largeur : un repère, pas une mesure de gravité
Le guide de l’Ifsttar propose une classification indicative des dommages liés au retrait-gonflement des argiles, résumée ici.
| Classe | Dommages décrits | Ouverture caractéristique |
|---|---|---|
| 0, négligeables | Microfissures | moins de 0,1 mm |
| 1, très légers | Fissures isolées, limitées aux murs intérieurs | moins de 0,3 mm |
| 2, légers | Fissures extérieures, avec ou sans répliques à l’intérieur | 1 mm au plus |
| 3, modérés | Fissures à réparer, portes et fenêtres gauchies, canalisations parfois touchées | plusieurs millimètres |
| 4, sérieux | Fissures plus larges, planchers inclinés, liaisons de chaînages rompues | nombreuses fissures de plusieurs millimètres |
| 5, très sérieux | Structure instable à étayer | sans objet pour les argiles |
L’AQC, de son côté, appelle lézarde une fissure dont l’ouverture dépasse 2 mm (fiche A.02, édition 2026).
Le même guide insiste : la largeur ne doit pas être utilisée seule comme mesure de la gravité. Il faut y ajouter l’évolution dans le temps, le lien possible avec un événement, la forme et la vitesse du mouvement. Il donne l’exemple d’une même fissure ouverte de 2 mm en fin d’été et de 0,5 mm en fin d’hiver, et conclut qu’une fissure de 0,2 mm relevée en hiver peut être aussi inquiétante qu’une fissure de 2 mm relevée en été.
Pour mesurer, posez une réglette graduée en dixièmes de millimètre contre la fissure, au point le plus ouvert, et notez toujours le même point.
L’âge et l’évolution
Selon le guide de l’Ifsttar, une fissure récente a des bords nets et propres, une fissure ancienne renferme des saletés. C’est un indice de plus pour savoir quelle partie de la maison a bougé en premier.
L’évolution est le critère décisif. Les relevés successifs montrent l’un de ces trois comportements :
- une aggravation : la fissure s’ouvre, s’allonge, ou de nouvelles apparaissent ;
- une stabilisation : les mesures ne changent plus ;
- un cycle : elle s’ouvre en saison sèche et se referme en saison humide.
Le cycle saisonnier est caractéristique d’un sol argileux. Le même guide liste d’autres signes typiques de ce phénomène : fissures apparues après une sécheresse prolongée, plus larges sur les murs exposés au sud ou près des arbres, murets du jardin également fissurés.
Suivre une fissure : témoin, jauge, relevés datés
Le guide de l’Ifsttar cite trois moyens de suivi, que l’expert peut prescrire : les témoins en plâtre, les jauges à vernier et le relevé de niveaux par un géomètre.
- Le témoin en plâtre, posé en travers de la fissure, se fend si elle bouge. Il prouve un mouvement, sans le mesurer.
- La jauge graduée, souvent appelée fissuromètre, est collée de part et d’autre de la fissure. Elle mesure l’ouverture à chaque lecture.
- Le relevé de niveaux mesure l’inclinaison d’un dallage ou d’un plancher. Il demande un géomètre.
Tenez un tableau de suivi, une ligne par lecture :
| Date | Fissure n° | Ouverture (mm) | Désaffleur | Observations |
|---|---|---|---|---|
| Météo des semaines passées, travaux, fuite, nouvelle fissure |
Relevez à intervalles réguliers, et en tout cas aux périodes caractéristiques : fin d’été et fin d’hiver. Une fissure liée aux argiles ne se comprend qu’après plusieurs cycles de saisons. Le guide de l’instrumentation détaille les instruments utilisés sur les chantiers.
Superficielle ou structurelle ?
Une fissure superficielle reste dans l’enduit ou la peinture. Une fissure structurelle affecte le mur lui-même ; l’AQC précise qu’elle peut être traversante et laisser entrer l’eau. Pour faire la différence sans outil :
- regardez l’autre face du mur au même endroit : le guide de l’Ifsttar range parmi les indices d’un mouvement des fondations les fissures qui apparaissent à l’intérieur et à l’extérieur sur une même zone ;
- cherchez les signes associés : portes et fenêtres qui coincent, papier peint froissé dans les angles du plafond, espace entre les plinthes et le sol, mur qui n’est plus d’aplomb.
Structurelle ne veut pas dire dangereuse. Mais une déformation rapide, des portes qui se bloquent d’un jour à l’autre ou des fragments qui tombent appellent une réaction immédiate : éloignez-vous de la zone et demandez un examen sans attendre. Dans les cas les plus graves, l’expert peut préconiser des mesures conservatoires, comme un étaiement.
La distinction compte aussi pour l’assurance : pour un sinistre sécheresse survenu depuis le 1er janvier 2024, la garantie vise les dommages qui touchent la solidité du bâti ou son usage normal. Voir le parcours d’un sinistre sécheresse.
Quand demander un diagnostic, et à qui
Faites examiner la maison si :
- une fissure s’ouvre ou s’allonge d’un relevé à l’autre, ou si de nouvelles apparaissent ;
- elle est traversante, ou s’accompagne de portes qui frottent, de planchers qui penchent, de plinthes décollées ;
- elle est apparue après un été sec, près d’un arbre, après une fuite ou des travaux voisins (tranchée, terrassement) ;
- vous achetez une maison fissurée : voir ce qu’il faut vérifier avant de signer.
Le guide du ministère sur le retrait-gonflement des argiles (septembre 2025) cite trois interlocuteurs pour ce diagnostic : l’expert en assurance, le bureau d’études structure et le bureau d’études géotechnique. Le géotechnicien répond à une question précise : le sol ou les fondations expliquent-ils les fissures ? Il examine les fondations par des fouilles, le sol par des sondages, et en déduit le mécanisme. Le guide de l’Ifsttar rappelle que d’autres causes se confondent avec les argiles : sol hétérogène, pente, défaut de construction, vibrations, ancienne carrière ou cavité, comme les marnières des plateaux crayeux.
Voir le diagnostic des fissures, la mission G5 et son prix. Avant toute réparation, lisez réparer une fissure : la fissure se traite en dernier.
Rédaction Solintek.
Sources et références :
- Ifsttar, Retrait et gonflement des argiles, guide 3 : analyse et traitement des désordres créés par la sécheresse, avril 2017
- Agence Qualité Construction, fiche pathologie B.03, fissures structurelles des murs extérieurs de maisons individuelles, édition 2026
- Agence Qualité Construction, fiche pathologie A.02, mouvements de fondations de maisons individuelles, édition 2026
- Géorisques, dossier sur le retrait-gonflement des argiles, consulté le 23 octobre 2026
- Ministère de la Transition écologique (DGALN), Mesures de prévention, d'adaptation et de remédiation du phénomène RGA, septembre 2025