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Guide · Risques

Témoin et jauge de fissure : poser, relever, transmettre

Une fissure qui bouge et une fissure qui dort se ressemblent sur une photo. Seules des mesures répétées les distinguent. Un témoin bien posé et un tableau de relevés tenu avec soin valent souvent plus qu'une longue description.

Lecture : 5 minMis à jour le 28 octobre 2026

Fissure visible dans l’enduit d’un mur, près d’une clôture
Un désordre à documenter, sans diagnostic déduit de l’image. Photographie Solintek.

Un témoin de fissure est un repère posé en travers d’une fissure pour savoir si elle bouge. Le guide de l’Ifsttar sur les désordres dus à la sécheresse (2017) en fait un outil de diagnostic : il note que les mouvements peuvent être plus ou moins rapides, parfois réversibles, et que des appareils de mesure simples d’utilisation permettent d’en établir la tendance.

Ce guide détaille le suivi. Pour décrire la fissure elle-même (forme, largeur, âge), voir lire une fissure ; pour les instruments des chantiers, l’instrumentation et la surveillance.

Les trois moyens cités par les guides

Le guide de l’Ifsttar indique que l’expert peut préconiser des témoins en plâtre, des jauges à vernier et des relevés de niveaux par un géomètre.

MoyenCe qu’il ditCe qu’il ne dit pas
Témoin en plâtreQu’un mouvement a eu lieu depuis la pose : il se fendDe combien, ni dans quel sens
Jauge graduée, par exemple à vernierL’ouverture de la fissure, d’une lecture à l’autreCe qui se passe ailleurs dans la maison
Relevé de niveaux par un géomètreLes zones qui s’affaissent ou se soulèvent, sur un dallage ou un plancherL’ouverture d’une fissure donnée

Le relevé de niveaux répond à un signe que le même guide range parmi les indices du retrait-gonflement : un nivellement précis du dallage ou du plancher sur vide sanitaire qui montre des zones d’affaissement et de gonflement.

Le propriétaire peut poser lui-même un témoin et une jauge. Le relevé de niveaux, comme les instruments de chantier, relève des professionnels ; la norme NF EN ISO 18674-1 fixe les règles générales de la surveillance géotechnique par instrumentation, du sol comme des ouvrages qui interagissent avec lui.

Poser un témoin

Quelques règles simples. La première reprend la démarche que décrit l’Ifsttar ; les suivantes servent à rendre les relevés comparables entre eux.

  1. Numéroter chaque fissure et la reporter sur un plan de la maison, par exemple les plans du permis de construire. Représenter toutes les façades dans le même sens de rotation, pour repérer une fissure qui passe d’un mur à l’autre.
  2. Poser le témoin en travers de la fissure, à l’endroit choisi, et y écrire la date.
  3. Photographier la pose, avec une règle dans le champ, toujours du même point.
  4. Faire une première lecture de la jauge le jour de la pose : sans valeur de départ, aucune comparaison n’est possible.

Ne rebouchez pas la fissure pendant le suivi : le rebouchage efface la largeur et l’aspect des bords, qui renseignent sur le mouvement et sur l’âge de la fissure.

Relever : quand, et quoi noter

Le guide de l’Ifsttar demande des relevés à intervalles réguliers ou à des périodes caractéristiques. Deux moments comptent particulièrement sur un sol argileux :

  • la fin de l’été, quand le sol est le plus sec : selon l’Ifsttar, les fissures liées aux argiles apparaissent en général à la fin d’une période sèche, quand le tassement est maximal ;
  • la fin de l’hiver, quand il s’est réhydraté : l’Agence Qualité Construction (fiche A.02) note que les fissures se referment après une saison hivernale pluvieuse.

À chaque relevé, une ligne :

DateFissure n°Ouverture (mm)Témoin intact ou fenduObservations
Météo des semaines passées, fuite, travaux, arbre, nouvelle fissure, porte qui coince

L’Ifsttar caractérise une fissure par sa longueur, son ouverture et son désaffleur, c’est-à-dire le décrochement d’un bord par rapport à l’autre. Notez-les tous les trois quand vous le pouvez.

Combien de temps suivre

Sur un sol argileux, un relevé isolé dit peu de choses. L’Ifsttar donne l’exemple d’une même fissure ouverte de 2 mm en fin d’été et de 0,5 mm en fin d’hiver, et conclut qu’une fissure de 0,2 mm expertisée en hiver peut être aussi inquiétante qu’une fissure de 2 mm expertisée en été. L’expert, selon le même guide, se prononce sur un dispositif de suivi qui permet d’observer l’évolution sur plusieurs cycles de saisons.

Le suivi continue après une réparation. Le guide du ministère sur le retrait-gonflement des argiles (septembre 2025) demande, pendant la période de mise en charge et de stabilisation qui suit des micropieux ou des plots, de surveiller les fissures pour repérer toute aggravation ou nouvelle déformation ; cette période peut durer de 12 à 24 mois.

Lire le résultat

Les relevés successifs montrent, selon l’Ifsttar, l’un de ces comportements :

  1. une aggravation : la fissure s’ouvre, s’allonge, ou de nouvelles apparaissent ;
  2. une stabilisation : les mesures ne changent plus ;
  3. un cycle : elle s’ouvre en saison sèche et se referme en saison humide, ce qui oriente vers un sol argileux.

Dans le premier cas, l’expert doit rechercher les causes techniques et proposer des solutions. Si les fissures sont quasiment stabilisées, le même guide admet des travaux limités au traitement des fissures, sans conforter l’ouvrage : voir réparer une fissure et l’agrafage. Le cycle n’est pas une stabilisation : l’Ifsttar range les variations d’ouverture parmi les évolutions significatives, qui appellent la recherche de la cause.

Ce qu’il faut transmettre

L’Ifsttar souligne l’intérêt d’un suivi précis et compilé : il sert de référence et contribue à établir le mode de déformation de la maison, donc l’origine des désordres. Il recommande une fiche par visite, chaque visite se faisant avec les fiches précédentes en main.

À l’expert d’assurance, en cas de sinistre sécheresse : le modèle de rapport fixé par l’arrêté du 24 janvier 2025 décrit chaque dommage par son numéro, une description par texte ou photographie, sa position intérieure ou extérieure, son orientation, sa direction, son aspect et ses particularités (désaffleur, fissure traitée ou non), puis le classe de 0 à 5. Pour les murs, ses trois premières classes correspondent à des ouvertures de moins de 0,2 mm, moins de 0,3 mm et moins de 1 mm : une jauge lue au dixième de millimètre permet de s’y rapporter. Le modèle comporte aussi une rubrique où l’expert reporte les observations de l’assuré lors des visites. Des fissures numérotées, mesurées et datées s’y rapportent directement. Pour la procédure, voir déclarer un sinistre sécheresse et, en cas de désaccord, contester l’expertise.

Au géotechnicien, pour un diagnostic G5 : le plan des fissures numérotées, le tableau des relevés, les photos, la chronologie (date d’apparition, sécheresses, fuites, travaux, arbres plantés ou abattus), les plans de la maison et l’étude de sol de la construction si elle existe. Le guide du ministère place la collecte des documents sur la maison et son environnement, dont l’étude de sol si elle existe, en tête du diagnostic, avant la première visite. Voir aussi le diagnostic des fissures.

Illustration

Une fissure en escalier et sa jauge

Illustration d’un angle de maison en blocs de béton : fissure en escalier suivant les joints, jauge de fissuration posée en travers, semelle inclinée au-dessus d’un vide laissé par le retrait de l’argile.
Illustration La jauge suit l’évolution de la fissure ; le retrait de l’argile sous la semelle en est une cause fréquente. © Solintek, illustration.

Questions fréquentes

Comment poser un témoin de fissure ?

En travers de la fissure, à un endroit repéré sur un plan et numéroté. On note la date de pose sur le témoin et dans un tableau, on photographie la pose, puis on relève à dates fixes. Un témoin en plâtre se fend si la fissure bouge ; une jauge graduée mesure de combien.

Combien de temps faut-il suivre une fissure ?

Plusieurs cycles de saisons quand le sol est argileux, selon le guide de l'Ifsttar (2017) : une même fissure peut être ouverte de 2 mm en fin d'été et de 0,5 mm en fin d'hiver. Après une reprise en sous-œuvre, le guide du ministère demande de la surveiller pendant la mise en charge, qui peut durer de 12 à 24 mois.

Témoin en plâtre ou jauge graduée ?

Le témoin en plâtre prouve qu'il y a eu mouvement, sans le mesurer. La jauge, par exemple à vernier, mesure l'ouverture d'un relevé à l'autre. Le guide de l'Ifsttar cite les deux, avec le relevé de niveaux par un géomètre.

Faut-il envoyer ses relevés à l'assureur ?

Ils ont leur place dans le dossier, avec la déclaration, les photos datées et la chronologie des désordres. Le modèle de rapport de l'expert d'assurance prévoit aussi une rubrique pour les observations de l'assuré lors des visites. Gardez une copie de tout.

Un témoin cassé veut-il dire que la maison est en danger ?

Non. Il dit seulement que la fissure a bougé depuis la pose. La gravité se juge sur l'ensemble : ampleur et sens du mouvement, nouvelles fissures, portes qui coincent. En cas de déformation rapide, faites examiner la maison sans attendre.

Une étude de sol à préparer ?

Le simulateur donne une fourchette indicative en quelques minutes. Le devis ferme est établi après lecture de votre dossier (plans, adresse, projet).

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