Un témoin de fissure est un repère posé en travers d’une fissure pour savoir si elle bouge. Le guide de l’Ifsttar sur les désordres dus à la sécheresse (2017) en fait un outil de diagnostic : il note que les mouvements peuvent être plus ou moins rapides, parfois réversibles, et que des appareils de mesure simples d’utilisation permettent d’en établir la tendance.
Ce guide détaille le suivi. Pour décrire la fissure elle-même (forme, largeur, âge), voir lire une fissure ; pour les instruments des chantiers, l’instrumentation et la surveillance.
Les trois moyens cités par les guides
Le guide de l’Ifsttar indique que l’expert peut préconiser des témoins en plâtre, des jauges à vernier et des relevés de niveaux par un géomètre.
| Moyen | Ce qu’il dit | Ce qu’il ne dit pas |
|---|---|---|
| Témoin en plâtre | Qu’un mouvement a eu lieu depuis la pose : il se fend | De combien, ni dans quel sens |
| Jauge graduée, par exemple à vernier | L’ouverture de la fissure, d’une lecture à l’autre | Ce qui se passe ailleurs dans la maison |
| Relevé de niveaux par un géomètre | Les zones qui s’affaissent ou se soulèvent, sur un dallage ou un plancher | L’ouverture d’une fissure donnée |
Le relevé de niveaux répond à un signe que le même guide range parmi les indices du retrait-gonflement : un nivellement précis du dallage ou du plancher sur vide sanitaire qui montre des zones d’affaissement et de gonflement.
Le propriétaire peut poser lui-même un témoin et une jauge. Le relevé de niveaux, comme les instruments de chantier, relève des professionnels ; la norme NF EN ISO 18674-1 fixe les règles générales de la surveillance géotechnique par instrumentation, du sol comme des ouvrages qui interagissent avec lui.
Poser un témoin
Quelques règles simples. La première reprend la démarche que décrit l’Ifsttar ; les suivantes servent à rendre les relevés comparables entre eux.
- Numéroter chaque fissure et la reporter sur un plan de la maison, par exemple les plans du permis de construire. Représenter toutes les façades dans le même sens de rotation, pour repérer une fissure qui passe d’un mur à l’autre.
- Poser le témoin en travers de la fissure, à l’endroit choisi, et y écrire la date.
- Photographier la pose, avec une règle dans le champ, toujours du même point.
- Faire une première lecture de la jauge le jour de la pose : sans valeur de départ, aucune comparaison n’est possible.
Ne rebouchez pas la fissure pendant le suivi : le rebouchage efface la largeur et l’aspect des bords, qui renseignent sur le mouvement et sur l’âge de la fissure.
Relever : quand, et quoi noter
Le guide de l’Ifsttar demande des relevés à intervalles réguliers ou à des périodes caractéristiques. Deux moments comptent particulièrement sur un sol argileux :
- la fin de l’été, quand le sol est le plus sec : selon l’Ifsttar, les fissures liées aux argiles apparaissent en général à la fin d’une période sèche, quand le tassement est maximal ;
- la fin de l’hiver, quand il s’est réhydraté : l’Agence Qualité Construction (fiche A.02) note que les fissures se referment après une saison hivernale pluvieuse.
À chaque relevé, une ligne :
| Date | Fissure n° | Ouverture (mm) | Témoin intact ou fendu | Observations |
|---|---|---|---|---|
| Météo des semaines passées, fuite, travaux, arbre, nouvelle fissure, porte qui coince |
L’Ifsttar caractérise une fissure par sa longueur, son ouverture et son désaffleur, c’est-à-dire le décrochement d’un bord par rapport à l’autre. Notez-les tous les trois quand vous le pouvez.
Combien de temps suivre
Sur un sol argileux, un relevé isolé dit peu de choses. L’Ifsttar donne l’exemple d’une même fissure ouverte de 2 mm en fin d’été et de 0,5 mm en fin d’hiver, et conclut qu’une fissure de 0,2 mm expertisée en hiver peut être aussi inquiétante qu’une fissure de 2 mm expertisée en été. L’expert, selon le même guide, se prononce sur un dispositif de suivi qui permet d’observer l’évolution sur plusieurs cycles de saisons.
Le suivi continue après une réparation. Le guide du ministère sur le retrait-gonflement des argiles (septembre 2025) demande, pendant la période de mise en charge et de stabilisation qui suit des micropieux ou des plots, de surveiller les fissures pour repérer toute aggravation ou nouvelle déformation ; cette période peut durer de 12 à 24 mois.
Lire le résultat
Les relevés successifs montrent, selon l’Ifsttar, l’un de ces comportements :
- une aggravation : la fissure s’ouvre, s’allonge, ou de nouvelles apparaissent ;
- une stabilisation : les mesures ne changent plus ;
- un cycle : elle s’ouvre en saison sèche et se referme en saison humide, ce qui oriente vers un sol argileux.
Dans le premier cas, l’expert doit rechercher les causes techniques et proposer des solutions. Si les fissures sont quasiment stabilisées, le même guide admet des travaux limités au traitement des fissures, sans conforter l’ouvrage : voir réparer une fissure et l’agrafage. Le cycle n’est pas une stabilisation : l’Ifsttar range les variations d’ouverture parmi les évolutions significatives, qui appellent la recherche de la cause.
Ce qu’il faut transmettre
L’Ifsttar souligne l’intérêt d’un suivi précis et compilé : il sert de référence et contribue à établir le mode de déformation de la maison, donc l’origine des désordres. Il recommande une fiche par visite, chaque visite se faisant avec les fiches précédentes en main.
À l’expert d’assurance, en cas de sinistre sécheresse : le modèle de rapport fixé par l’arrêté du 24 janvier 2025 décrit chaque dommage par son numéro, une description par texte ou photographie, sa position intérieure ou extérieure, son orientation, sa direction, son aspect et ses particularités (désaffleur, fissure traitée ou non), puis le classe de 0 à 5. Pour les murs, ses trois premières classes correspondent à des ouvertures de moins de 0,2 mm, moins de 0,3 mm et moins de 1 mm : une jauge lue au dixième de millimètre permet de s’y rapporter. Le modèle comporte aussi une rubrique où l’expert reporte les observations de l’assuré lors des visites. Des fissures numérotées, mesurées et datées s’y rapportent directement. Pour la procédure, voir déclarer un sinistre sécheresse et, en cas de désaccord, contester l’expertise.
Au géotechnicien, pour un diagnostic G5 : le plan des fissures numérotées, le tableau des relevés, les photos, la chronologie (date d’apparition, sécheresses, fuites, travaux, arbres plantés ou abattus), les plans de la maison et l’étude de sol de la construction si elle existe. Le guide du ministère place la collecte des documents sur la maison et son environnement, dont l’étude de sol si elle existe, en tête du diagnostic, avant la première visite. Voir aussi le diagnostic des fissures.
Rédaction Solintek. Mise à jour le 28 octobre 2026.
Sources et références :
- Ifsttar, Retrait et gonflement des argiles, guide 3 : analyse et traitement des désordres créés par la sécheresse, juillet 2017
- Ministère de la Transition écologique (DGALN), Mesures de prévention, d'adaptation et de remédiation du phénomène RGA, septembre 2025
- Arrêté du 24 janvier 2025 définissant le modèle de rapport d'expertise (retrait-gonflement des argiles), annexe 1, JO du 9 février 2025
- AIDA (Ineris), présentation de l'arrêté du 24 janvier 2025
- Agence Qualité Construction, fiche pathologie A.02, mouvements de fondations de maisons individuelles, édition 2026
- AFNOR, NF EN ISO 18674-1, surveillance géotechnique par instrumentation in situ, règles générales, résumé public