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Guide · Technique

Reprise en sous-œuvre : choisir la technique, enchaîner les études, ménager le voisin

Reprendre une maison en sous-œuvre, c'est lui donner de nouveaux appuis sans la démolir. C'est aussi l'une des réparations les plus lourdes qui soient : elle se décide sur diagnostic, se conçoit sur étude et se surveille pendant des mois.

Lecture : 7 minMis à jour le 28 octobre 2026

Illustration en coupe d’une reprise en sous-œuvre : mur existant en pierre sur sa semelle existante, longrine de reprise en béton, micropieux inclinés traversant l’argile et scellés dans la marne.
Illustration Les micropieux, scellés dans la marne, reprennent la semelle existante par une longrine.

Une reprise en sous-œuvre modifie les fondations d’un bâtiment qui existe déjà : on les prolonge vers le bas jusqu’à un terrain plus stable, on leur ajoute des appuis, ou on améliore le sol qui les porte. Le guide de l’Ifsttar sur les désordres dus à la sécheresse (2017) la qualifie de solution « relativement brutale et souvent onéreuse ». Le guide du ministère (septembre 2025) la range parmi les solutions dites verticales, plus coûteuses, lourdes et parfois longues, mais durables.

Ce guide présente les familles de reprise, l’enchaînement des études et les précautions de chantier. Les micropieux ont leur guide détaillé, les injections sous fondations aussi : l’injection de résine. L’ordre complet des décisions, de la cause à la fissure, est dans réparer une fissure.

Quand une reprise se justifie

Le guide de l’Ifsttar pose la condition : il faut qu’il soit confirmé que les fondations ont bougé et que la poursuite du mouvement est vraisemblable. Même alors, il demande d’explorer d’abord d’autres options, comme réduire l’influence d’un arbre proche ou d’un regard qui fuit, stabiliser le sol ou renforcer la structure. Le guide du ministère recherche de même en priorité les solutions qui agissent autour de la maison, sur l’eau et la végétation.

Trois familles de situations reviennent dans les sources :

  • un sol qui bouge sous des fondations inadaptées, sol argileux très réactif ou sol hétérogène, quand la cause ne peut pas être supprimée (Ifsttar) ;
  • un sol d’assise dont les caractéristiques ont changé, ou des charges qui augmentent, ce que la recommandation STRRES n° 16 sur les micropieux cite comme les deux raisons pour lesquelles des fondations existantes deviennent insuffisantes ; une surélévation en est un exemple ;
  • des travaux voisins : l’Ifsttar range les tranchées et terrassements à proximité immédiate d’une maison parmi les causes de désordres, quand l’excavation recoupe la zone du sol qui reçoit les charges des fondations.

Les familles de reprise

TechniquePrincipeCe qu’en disent les sources
Plots jointifs par phases alternéesApprofondir les semelles par des massifs de béton coulés en alternance sous la fondationRenforcement uniforme, travaux relativement longs (ministère) ; rarement la solution la moins chère au-delà de 2 m de profondeur (Ifsttar)
Plots discontinus, reliés ou non par une longrineReporter les charges sur des plots espacés, descendus dans un terrain peu sensible à l’eauIntervention localisée ; suppose de connaître le ferraillage de la fondation existante (Ifsttar) ; voir plots, puits et longrines
Micropieux ou minipieuxForages armés et scellés au coulis jusqu’au sol porteur, reliés à l’existant par des plots ou des longrinesAdaptés aux espaces restreints ; mise en charge jusqu’à 24 mois (ministère) ; voir les micropieux
Injections sous les fondationsRésine expansive ou coulis de ciment injectés par des forages de petit diamètreRapides et localisées, moins adaptées aux sols à fortes variations d’eau (ministère) ; voir l’injection de résine
Longrine ceinturante, corsetageRigidifier les fondations existantes par une poutre en béton armé autour de la maisonLe corset aide la maison à franchir des zones locales de tassement (Ifsttar)
Plancher à la place du dallageRemplacer un dallage sur terre-plein par un plancher accroché aux fondationsSeule réponse pérenne sur un sol très sensible ; surcharge à intégrer au dimensionnement de la reprise (Ifsttar)

Pour les plots jointifs, l’Ifsttar précise que les groupes de plots excavés en même temps ne doivent pas laisser sans appui plus de 20 à 25 % du mur. Le guide du ministère résume l’enjeu : couler en alternance pour éviter tout affaissement pendant le chantier.

Sur argile, les deux guides associent à ces techniques des dispositions contre les efforts parasites du sol qui sèche ou gonfle : une interface glissante sur les parois des plots, un vide sous les longrines. Elles sont décrites dans plots, puits et longrines.

L’enchaînement des études

La norme NF P 94-500 sépare le diagnostic de la conception. Dans sa version de 2006, que reproduit un plan de prévention des risques publié sur Géorisques, la mission G5 étudie un élément précis, par exemple les causes géotechniques d’un désordre, et des études de projet, d’exécution, de suivi et de supervision doivent suivre si ce diagnostic conduit à réaliser des travaux. Syntec-Ingénierie indique que la G5 n’a pas réellement changé dans la version de 2013.

  1. Diagnostic G5 : établir la cause des désordres et la part du sol et des fondations. Voir le diagnostic G5 et le diagnostic des fondations existantes.
  2. Étude de la structure : le guide du ministère en fait un préalable indispensable à toute solution verticale, confié par exemple à un bureau d’études structure.
  3. Conception géotechnique G2 : décrire le terrain en profondeur et comparer puis justifier la solution côté sol, en phases avant-projet puis projet. Voir la G2 et la G2 PRO.
  4. Exécution G3 et supervision G4 : l’entreprise réalise ses études et son suivi d’exécution (G3) ; le maître d’ouvrage les fait superviser (G4). Syntec-Ingénierie précise que ces deux missions sont confiées à deux ingénieries géotechniques différentes. Voir la G3 et la G4.

Solintek, bureau d’études géotechniques, réalise les missions de sol : diagnostic, conception, supervision. Le calcul de structure revient au bureau d’études structure, l’exécution à l’entreprise.

Le voisin, le mitoyen et le phasage

Une reprise en sous-œuvre ouvre des fouilles ou des forages au pied de murs qui portent. Trois précautions ressortent des sources.

  • Constater avant d’agir. Parmi les travaux préparatoires, la recommandation STRRES n° 16 cite la position exacte des fondations existantes, les efforts à reprendre, et un constat de l’état de l’ouvrage ainsi que de l’état et de la position des mitoyens éventuels.
  • Phaser. La même recommandation rappelle que toute reprise affaiblit momentanément le sol de fondation, par les forages, le coulis ou les terrassements locaux : les cadences d’exécution doivent être analysées opération par opération.
  • Traiter la jonction. L’Ifsttar range la reprise d’une maison mitoyenne qui ne peut pas s’étendre aux propriétés voisines parmi les reprises partielles. Pour éviter des désordres à la jonction, il cite le joint de rupture entre la partie traitée et la partie saine, opération très complexe qui limite ces reprises à des cas rares, à étudier par un bureau d’études structure.

Ce qui fait varier le prix

Le guide de l’Ifsttar fait dépendre le choix de la technique, donc son coût, de cinq facteurs :

  • la géologie du site, et la présence ou non d’une couche porteuse à faible profondeur ;
  • l’amplitude possible du retrait et du gonflement du sol ;
  • la structure : murs de refend, possibilité d’intervenir par l’intérieur ou l’extérieur, aptitude de la fondation à reporter les efforts sur la reprise ;
  • l’environnement : accès, réseaux, végétation, mitoyenneté ;
  • le critère économique.

Le guide du ministère ajoute l’étendue : ces solutions visent en général toute la maison, mais seules les zones sinistrées nécessitent parfois une intervention. Il faut enfin compter les études préalables, et parfois le relogement.

SourceTravauxOrdre de grandeur
Ifsttar, guide 3 (2017), coûts moyens 2015 hors taxes, maison d’environ 100 m² au solMicropieux et longrines de répartition45 000 à 70 000 €
Puits de faible profondeur et longrines de répartition30 000 à 45 000 €
Rigidification par une longrine ceinturant l’ouvrage15 000 à 25 000 €
Chaînages intégrés dans la maçonnerieenviron 20 000 €
Guide du ministère (septembre 2025)Injections sous les fondationsenviron 30 000 € hors taxes
Plots jointifs par phases alternéessur devis, le guide jugeant qu’une estimation ne refléterait pas le coût réel
Géorisques (consulté le 28 octobre 2026)Solutions verticales, toutes techniquesenviron 44 000 €, jusqu’à 76 000 €

Le guide de l’Ifsttar prévient que ses montants varient fortement d’une région et d’un chantier à l’autre. Aucun ne remplace un devis.

Après les travaux : attendre avant de réparer

Les sources publiques ne donnent pas de durée type de chantier : le guide du ministère qualifie de relativement longue la durée des travaux par plots jointifs, et de parfois longue la mise en œuvre des micropieux. Elle dépend de la technique, de l’étendue et de l’accès.

Le guide du ministère évoque une période de mise en charge et de stabilisation de 12 à 24 mois après des micropieux ou des plots, pendant laquelle il faut surveiller les fissures. L’Ifsttar préconise au moins un an entre la fin du confortement et la remise en état, le temps que la structure s’ajuste à ses nouveaux appuis. Selon Géorisques, les dommages importants traités de cette façon peuvent imposer un relogement de 12 à 24 mois. Pour suivre les fissures pendant ce temps, voir le témoin de fissure.

Les prix de nos études sont sur la page du diagnostic G5 et celle du diagnostic des fondations existantes.

Réparation

Reprendre une fondation en sous-œuvre

Quand une fondation existante ne suffit plus, des micropieux reportent la charge sous la couche qui bouge. Le diagnostic G5 en fixe d’abord la cause.

Reprise en sous-œuvre d’une semelle existante par micropieux Coupe d’une maison existante dont la semelle, fondée à 60 centimètres dans une argile sensible à la sécheresse, a bougé. Deux longrines en béton armé sont coulées de part et d’autre de la semelle et liées à elle. Elles reposent sur des micropieux forés de petit diamètre, injectés au coulis de ciment, qui traversent l’argile et se scellent dans la marne stable plus profonde. La charge de la maison passe alors par les micropieux, sous la zone qui se rétracte. Les fissures se reprennent une fois la structure stabilisée. © Solintek, schéma original. Zone qui se rétracte Argile sensible Marne stable TN 12345 REPÈRES 1 Semelle existante, à 0,60 m 2 Longrine de reprise accolée 3 Micropieu foré et injecté 4 Scellement dans la marne 5 Fissure reprise après stabilisation DANS L’ORDRE 1. Diagnostic G5 : la cause des désordres et le sol. 2. Conception de la reprise : nombre et longueur des micropieux, longrines. 3. Travaux suivis, puis reprise des fissures. © Solintek
Schéma de principe Coupe d’une maison existante dont la semelle, fondée à 60 centimètres dans une argile sensible à la sécheresse, a bougé. Deux longrines en béton armé sont coulées de part et d’autre de la semelle et liées à elle. Elles reposent sur des micropieux forés de petit diamètre, injectés au coulis de ciment, qui traversent l’argile et se scellent dans la marne stable plus profonde. La charge de la maison passe alors par les micropieux, sous la zone qui se rétracte. Les fissures se reprennent une fois la structure stabilisée. © Solintek, schéma original.

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'une reprise en sous-œuvre ?

Une intervention sur les fondations d'un bâtiment existant pour les approfondir ou les renforcer. Le guide du ministère de septembre 2025 la définit comme le renforcement ou la modification des fondations existantes pour améliorer la stabilité de l'ensemble de la construction, de l'approfondissement des fondations à leur renforcement.

Quelle étude faut-il avant une reprise en sous-œuvre ?

D'abord un diagnostic de la cause, côté sol le diagnostic géotechnique G5. S'il conduit à des travaux, la norme NF P 94-500 renvoie à l'enchaînement des missions : étude de conception, puis études et suivi d'exécution et leur supervision. Le guide du ministère exige en outre une étude de la structure avant toute solution de ce type.

Combien coûte une reprise en sous-œuvre ?

L'Ifsttar (2017) donne, pour une maison d'environ 100 m² au sol et en coûts moyens 2015 hors taxes, 45 000 à 70 000 euros par micropieux et longrines, 30 000 à 45 000 euros par puits de faible profondeur et longrines. Géorisques estime l'ensemble des solutions verticales à environ 44 000 euros, jusqu'à 76 000 euros. Le prix réel se fixe sur devis.

Peut-on reprendre en sous-œuvre une maison mitoyenne ?

Oui, mais la reprise est alors partielle si elle ne peut pas s'étendre chez le voisin. L'Ifsttar cite dans ce cas un joint de rupture entre la partie reprise et le reste, opération très complexe qu'il réserve à des cas rares étudiés par un bureau d'études structure. L'état et la position des mitoyens font partie des constats préalables.

Faut-il quitter la maison pendant les travaux ?

Pas toujours. Géorisques indique que les solutions verticales, souvent retenues pour des dommages importants, peuvent imposer un relogement de 12 à 24 mois, le temps de stabiliser la construction.

Une étude de sol à préparer ?

Le simulateur donne une fourchette indicative en quelques minutes. Le devis ferme est établi après lecture de votre dossier (plans, adresse, projet).

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