Un micropieu est un pieu de petit diamètre, foré, armé et scellé au terrain par un mortier ou un coulis de ciment. En reprise en sous-œuvre, il va chercher sous une maison une couche plus profonde et plus stable que celle qui porte ses fondations, et lui transmet les charges. Le guide du ministère sur le retrait-gonflement des argiles (septembre 2025) le décrit ainsi : transférer les charges vers des couches profondes, dont l’humidité varie moins que celle des couches proches de la surface.
Ce guide dit ce qu’est un micropieu, quand il se justifie et ce qui doit être étudié avant de signer un devis. L’ensemble des reprises possibles, plots, longrines et injections compris, est dans la reprise en sous-œuvre ; les pieux de construction neuve, dans les fondations profondes.
Définition : un petit diamètre, un scellement forcé
Les documents ne fixent pas tous la même limite de diamètre.
| Document | Ce qu’il retient |
|---|---|
| NF EN 14199 (mai 2015, résumé AFNOR) | Pieux forés à l’aide d’un outil de forage de diamètre inférieur à 300 mm |
| Recommandation STRRES n° 16 | Élément porteur foré d’au plus 250 mm, avec une mise en œuvre « forcée » de mortier ou de coulis |
| Guide de l’Ifsttar (2017) | Typiquement 80 à 150 mm, jusqu’à 300 mm ; obligatoirement armé |
| Guide du ministère (septembre 2025) | 80 à 250 mm pour les micropieux, 150 à 400 mm pour les minipieux |
Le chantier suit, selon le guide du ministère, quatre étapes : un forage jusqu’au sol porteur, l’injection d’un coulis de ciment sous pression pour l’adhérence au terrain, la mise en place d’une armature métallique (des barres pour les micropieux, parfois des tubes ou des profilés pour les minipieux), puis le scellement. Son avantage, que soulignent le ministère et la recommandation STRRES n° 16, tient au matériel : des machines légères et de dimensions réduites, qui travaillent au pied d’une maison existante sans la démolir.
Les types I à IV : la façon de sceller
La recommandation STRRES n° 16 classe les micropieux selon leur méthode d’injection, dont dépend la performance du scellement dans un terrain donné :
| Type | Scellement |
|---|---|
| I | Pieu foré, qui peut ne pas être armé, rempli de mortier. Il n’est plus utilisé en France. |
| II | Scellé au coulis de ciment par gravité, au moyen d’un tube plongeur |
| III | Scellé par un tube à manchettes, injection globale en tête sous une pression d’au moins 1 MPa (injection globale et unitaire, IGU) |
| IV | Scellé par un tube à manchettes, injection manchette par manchette, en passes répétées, sous au moins 1 MPa (injection répétitive et sélective, IRS) |
Le type se choisit d’après le terrain : la même recommandation range le mode de scellement parmi ce que l’étude de sol doit déterminer.
Quand les micropieux se justifient
D’après les sources, trois situations y conduisent.
- Les causes ne peuvent pas être supprimées. Le guide de l’Ifsttar oppose deux cas : quand la cause est facile à supprimer (arbre, canalisation), un simple rebouchage des fissures peut suffire ; quand elle ne l’est pas, fondations insuffisantes sur un sol très réactif ou sol hétérogène, un confortement est souvent envisagé, en général par micropieux.
- Le bon sol est profond ou difficile à atteindre. La recommandation STRRES n° 16 les envisage quand les reprises classiques sont impossibles : nappe, terrain qui tient mal, bon sol à forte profondeur, risque de décompression des fondations existantes. L’Ifsttar note de son côté qu’au-delà de 2 m de profondeur, une reprise par plots de béton a peu de chances d’être la solution la moins chère.
- L’accès est restreint. Le guide du ministère les dit adaptés aux espaces restreints et aux charges modérées.
Quand ils ne servent à rien
Le micropieu ne traite ni l’eau ni la végétation qui font bouger le sol. Le guide de l’Ifsttar qualifie la reprise en sous-œuvre de solution « relativement brutale et souvent onéreuse » et demande d’explorer d’abord les autres options : réduire l’influence d’un arbre ou d’un regard qui fuit, stabiliser le sol, renforcer la structure. Le guide du ministère demande de même de rechercher en priorité les solutions qui agissent autour de la maison. Et si les fissures sont quasiment stabilisées, l’Ifsttar admet des travaux limités au traitement des fissures, sans conforter l’ouvrage. Voir réparer une fissure pour l’ordre des décisions.
Le guide de l’Ifsttar signale aussi un cas défavorable : sur une construction ancienne en maçonnerie, la technique est délicate et onéreuse, parce qu’il faut créer une structure en béton armé intégrée à la maçonnerie pour reporter les charges sur les micropieux.
Ce qui doit être établi avant le devis
La recommandation STRRES n° 16 liste les travaux préparatoires : la position exacte et la configuration des fondations existantes, les efforts à reprendre, l’état de l’ouvrage et des mitoyens, la situation des couches porteuses. Elle juge indispensable une étude de sol complète, qui détermine la technique de forage, la longueur prévisionnelle et le mode de scellement. Une note de calcul en tire un dimensionnement provisoire, confirmé par des essais sur site, réalisés avec les mêmes moyens de forage et d’injection que les travaux, avant le dimensionnement définitif.
Sur argile, une question s’ajoute. Le guide de l’Ifsttar décrit le frottement parasite du sol qui sèche ou gonfle le long des micropieux, jusqu’à 2 à 3 m de profondeur en général : il augmente les charges en cas de retrait et peut aller jusqu’à la traction en cas de gonflement. Il recommande pour les micropieux un tubage extérieur sur cette hauteur, un vide sous les longrines et, à défaut, une vérification par le calcul.
Ces données ne viennent pas toutes du même intervenant :
- le diagnostic géotechnique (G5) établit la cause des désordres et la part du sol : voir le diagnostic G5 ;
- l’étude géotechnique de conception (G2) décrit le terrain en profondeur, la couche d’ancrage et ses paramètres, par exemple les caractéristiques pressiométriques que cite la recommandation STRRES, et justifie la solution côté sol : voir la G2 ;
- le bureau d’études structure calcule les charges à reprendre et la liaison avec l’existant ; le guide du ministère fait de son étude un préalable indispensable à toute solution de ce type ;
- l’entreprise réalise ses études et son suivi d’exécution, qui relèvent de la mission G3, et le maître d’ouvrage peut les faire superviser par une mission G4, confiée à une autre ingénierie géotechnique selon les recommandations de Syntec-Ingénierie.
Solintek intervient sur les deux premiers points. Nous ne réalisons ni les travaux ni le calcul de structure.
La liaison avec la maison : le point délicat
Le guide de l’Ifsttar juge fondamental d’assurer le transfert des charges aux micropieux par des plots ou des longrines solidarisés à la semelle ou au mur existant. La recommandation STRRES n° 16 précise qu’il est rare que les nouveaux éléments se raccordent facilement à l’existant : il faut souvent démolir en partie, renforcer et élargir la semelle qui recevra les têtes. Pour des micropieux scellés dans la maçonnerie, le transfert se fait par cisaillement, et il faut vérifier que la maçonnerie le supporte, ou la corseter.
La même recommandation rappelle que toute reprise affaiblit momentanément le sol de fondation (forages, coulis, terrassements locaux) : les cadences d’exécution doivent être analysées opération par opération, et les pressions d’injection ne doivent pas soulever la construction.
Les contrôles du chantier
Le plan de contrôle proposé par la recommandation STRRES n° 16 comprend notamment :
- un essai de convenance avant les travaux, pour contrôler le scellement dans le terrain ;
- l’enregistrement des paramètres de forage, qui vérifie les longueurs et les couches rencontrées ;
- l’enregistrement des paramètres d’injection et le contrôle du coulis (densité, viscosité, résistance) ;
- des essais de contrôle des scellements et des capacités portantes ;
- le relevé de la position et de l’inclinaison de chaque micropieu, et une fiche d’exécution par micropieu.
Ces documents sont à demander à l’entreprise et à conserver avec le dossier de la maison.
Délais et coûts publiés
Le guide du ministère indique une période de stabilisation qui peut durer jusqu’à 24 mois pour les micropieux avant toute intervention complémentaire, comme la réparation des fissures. Géorisques précise que les solutions de ce type, retenues pour des dommages importants, peuvent imposer un relogement de 12 à 24 mois.
| Source | Travaux | Ordre de grandeur |
|---|---|---|
| Ifsttar, guide 3 (2017), coûts moyens 2015 hors taxes, maison d’environ 100 m² au sol ; fourchette reprise par le guide du ministère (septembre 2025) | Reprise des murs par micropieux et longrines de répartition | 45 000 à 70 000 € |
| Géorisques (consulté le 28 octobre 2026) | Solutions verticales de remédiation, toutes techniques | environ 44 000 €, jusqu’à 76 000 € |
Ces montants sont des moyennes publiées, pas des prix. Les nôtres concernent les études : le diagnostic G5 et le diagnostic des fondations existantes.
Rédaction Solintek. Mise à jour le 28 octobre 2026.
Sources et références :
- Ifsttar, Retrait et gonflement des argiles, guide 3 : analyse et traitement des désordres créés par la sécheresse, juillet 2017
- Ministère de la Transition écologique (DGALN), Mesures de prévention, d'adaptation et de remédiation du phénomène RGA, septembre 2025, fiche 9
- STRRES, recommandation RECOS-STRRES n° 16, renforcement de fondation d'ouvrage par micropieux, publiée par SMA BTP
- AFNOR, NF EN 14199, exécution des travaux géotechniques spéciaux, micropieux, mai 2015, résumé public
- Syntec-Ingénierie, recommandations pour l'application de la norme NF P 94-500, mai 2015
- Géorisques, dossier expert sur le retrait-gonflement des argiles, consulté le 28 octobre 2026