Une fissure en escalier suit les joints de mortier d’un mur en blocs ou en briques : elle avance d’un joint horizontal à un joint vertical, puis au suivant, et dessine des marches. Le mortier des joints est le point faible du mur. L’Agence Qualité Construction (fiche A.01, édition 2026) le dit à propos des tassements : les points les plus faibles, et notamment les joints de maçonnerie, sont les premiers à ne pas résister aux contraintes qu’un sol qui se déforme impose à la maison.
Ce guide traite de cette forme en particulier. Pour décrire une fissure de n’importe quelle forme, voir lire une fissure ; pour une vue d’ensemble, les fissures de maison.
Ce que la forme suggère
Le guide de l’Ifsttar sur les désordres dus à la sécheresse (2017) range le « dessin d’escalier » parmi les indicateurs communs aux mouvements des fondations, avec d’autres signes : quelques fissures isolées aux points de faiblesse (portes, fenêtres, changement de matériau), des fissures à l’intérieur et à l’extérieur du mur sur une même zone, des portes et fenêtres qui coincent, du papier peint froissé dans les angles, des espaces entre les plinthes et le sol, des murs qui ne sont plus d’aplomb.
Le mécanisme décrit par le même guide : quand le terrain se rétracte ou gonfle de façon inégale sous la maison, une partie des fondations perd son appui ; la maison se « découpe » alors en blocs séparés par des fissures, et chaque fissure traduit le mouvement d’un bloc par rapport à l’autre. La fiche B.03 de l’AQC décrit la même chose côté maçonnerie : une perte d’assise des fondations fait apparaître des fissures au droit des joints de collage.
Il en faut peu. Selon la fiche A.01, un tassement différentiel des fondations de l’ordre du centimètre peut suffire à faire apparaître fissures et lézardes.
Les mouvements qui la produisent le plus souvent
Le guide de l’Ifsttar illustre trois modes de déformation liés aux argiles, que reprend le guide du ministère (septembre 2025) :
- un retrait du sol en périphérie de la maison ; la fiche A.02 de l’AQC l’explique par l’écran que fait le bâtiment contre l’évaporation, d’où des efforts différents entre le centre et la périphérie ;
- un retrait localisé provoqué par un arbre ; le guide du ministère indique que, dans ce cas, des fissures en escalier peuvent apparaître sur les façades proches, et que les racines peuvent s’étendre jusqu’à 1,5 fois la hauteur de l’arbre adulte ;
- le tassement d’un mur de façade.
D’autres indices orientent vers les argiles, toujours selon l’Ifsttar : des fissures apparues après une sécheresse prolongée, qui s’ouvrent en été et se referment en hiver, plus larges sur les murs exposés au sud ou près des arbres, et des murets de jardin eux aussi fissurés. Géorisques ajoute que les maisons de plain-pied sur fondations inadaptées, avec des arbres proches, et celles bâties en pente ou sur sous-sol partiel sont les plus sensibles.
Ce qu’elle ne prouve pas
La forme ne désigne pas une cause unique. Le guide de l’Ifsttar signale une confusion possible avec d’autres origines de fissuration, contraintes thermiques ou retrait de la maçonnerie, et liste les causes souvent attribuées à tort au retrait-gonflement : sol hétérogène, pente, défauts de conception ou d’exécution, vibrations, tranchées ou terrassements près de la maison, gel. La fiche A.01 de l’AQC ajoute deux remblais d’âges différents sous les fondations, l’un ancien et l’autre récent mal compacté ; une plateforme créée contre une façade ; une canalisation ou un regard qui fuit au pied d’un mur.
Elle ne dit pas non plus la gravité. L’Ifsttar demande de ne jamais juger sur la largeur seule et cite, parmi les éléments tout aussi importants, la forme (« en sifflet, en escaliers, rectilignes »), l’évolution dans le temps, le lien avec un événement et la cinétique du mouvement. L’AQC appelle lézarde une fissure de plus de 2 mm (fiche A.02).
Stable, cyclique ou active
C’est la question décisive, et seules des mesures répétées y répondent. Le guide de l’Ifsttar décrit trois évolutions possibles : une aggravation, une stabilisation, ou un cycle d’ouverture et de fermeture au gré des saisons. Une fissure en escalier liée aux argiles peut donc paraître fermée en fin d’hiver et rouverte en fin d’été : l’Ifsttar donne l’exemple d’une même fissure ouverte de 2 mm en fin d’été et de 0,5 mm en fin d’hiver.
Pour la suivre, posez un témoin ou une jauge et relevez-la à dates fixes, au moins en fin d’été et en fin d’hiver : la méthode est détaillée dans le témoin de fissure. Ne la rebouchez pas pendant ce temps : le rebouchage efface les repères.
Quand demander un diagnostic
Faites examiner la maison si la fissure en escalier :
- s’ouvre, s’allonge ou se prolonge d’un relevé à l’autre ;
- traverse le mur, c’est-à-dire se retrouve sur la face intérieure au même endroit ;
- s’accompagne de portes ou fenêtres qui coincent, de plinthes décollées, d’un dallage qui se fissure ;
- est apparue après un été sec, près d’un arbre, après une fuite ou des travaux voisins.
Sans attendre en cas de déformation rapide, de fragments qui tombent ou de portes bloquées d’un jour à l’autre : dans les cas les plus graves, l’expert peut préconiser des mesures conservatoires comme un étaiement (Ifsttar).
Le diagnostic qui répond à la question « le sol ou les fondations expliquent-ils cette fissure ? » est le diagnostic géotechnique G5 : fouilles au pied des murs pour voir les fondations, sondages et essais pour connaître le sol. Voir aussi le diagnostic des fissures.
Fissure en escalier et assurance
Si la commune est reconnue en état de catastrophe naturelle pour la sécheresse, la fissure se déclare à l’assureur : voir déclarer un sinistre sécheresse. Dans le modèle de rapport que doit suivre l’expert d’assurance (arrêté du 24 janvier 2025), chaque dommage est décrit par sa localisation, sa direction (verticale, horizontale, oblique, « en moustache », en arc de décharge), son aspect et ses particularités, et classé de 0 à 5. Vos photos datées et vos relevés numérotés se rapportent directement à ces rubriques.
Pour la réparation, la règle reste la même : la cause d’abord, la fissure en dernier. Voir réparer une fissure et, une fois le mur stabilisé, l’agrafage d’une fissure.
Rédaction Solintek. Mise à jour le 28 octobre 2026.
Sources et références :
- Ifsttar, Retrait et gonflement des argiles, guide 3 : analyse et traitement des désordres créés par la sécheresse, juillet 2017
- Agence Qualité Construction, fiche pathologie A.01, mouvements de fondations de maisons individuelles, tassements courants, édition 2026
- Agence Qualité Construction, fiche pathologie B.03, fissures structurelles des murs extérieurs de maisons individuelles, édition 2026
- Agence Qualité Construction, fiche pathologie A.02, mouvements de fondations de maisons individuelles, édition 2026
- Ministère de la Transition écologique (DGALN), Mesures de prévention, d'adaptation et de remédiation du phénomène RGA, septembre 2025
- Géorisques, dossier expert sur le retrait-gonflement des argiles, consulté le 28 octobre 2026
- Arrêté du 24 janvier 2025 définissant le modèle de rapport d'expertise (retrait-gonflement des argiles), annexe 1, JO du 9 février 2025