Le BRGM présente les piézomètres comme des « tubes d’observation du niveau de la nappe ». L’arrêté du 18 mars 2026, qui entrera en vigueur fin 2027, en donne une définition plus juridique : un forage réalisé et équipé pour contrôler, même temporairement, le niveau piézométrique ou des paramètres de qualité de la nappe. Dans une étude de sol, c’est l’ouvrage qui permet de revenir mesurer l’eau au même point, avec le même repère, pendant des semaines ou des mois.
Ce guide traite de l’ouvrage lui-même. Ce que la nappe impose à un sous-sol, la carte des remontées de nappe et les niveaux d’eau de calcul sont dans le guide de la nappe phréatique ; la préparation d’une étude pour un sous-sol, dans sous-sol et nappe.
À quoi sert un piézomètre dans une étude de sol
Une venue d’eau notée pendant un sondage donne le niveau d’un jour, à un endroit, et dans un sol peu perméable ce niveau n’a pas forcément eu le temps de s’établir (voir le temps de réponse, plus bas). Le piézomètre transforme ce constat en série de mesures. On le prévoit quand le niveau de l’eau décide d’une partie du projet :
- un sous-sol, un garage enterré ou un parking, dont le plancher bas peut se trouver sous la nappe ;
- une piscine enterrée, dont le fond peut atteindre la nappe ;
- une fouille profonde, qui demandera peut-être un pompage pendant les travaux ;
- un talus ou un mur de soutènement, dont la stabilité dépend de la pression de l’eau.
La norme NF EN ISO 18674-4 (juillet 2020), reprise de l’ISO 18674-4:2020 consacrée aux piézomètres de surveillance géotechnique, cite des usages voisins : pression de l’eau sur les ouvrages, consolidation des sols sous les fondations et les remblais, stabilité, méthode observationnelle.
Un piézomètre posé lors de la première campagne de la G2 AVP peut être relevé jusqu’à la G2 PRO, et au-delà pendant le chantier.
Tube ouvert ou capteur de pression
Cette norme distingue deux familles.
| Famille | Principe | Exemples cités par la norme |
|---|---|---|
| Système ouvert | L’eau monte dans un tube ouvert à l’air libre ; on mesure le niveau piézométrique | Tube piézométrique ouvert, puits de contrôle, piézomètre de Casagrande |
| Système fermé | Le réservoir est isolé de l’air ; un dispositif mesure la pression de l’eau au niveau du filtre | Piézomètre à membrane et capteur électrique, dont la corde vibrante, piézomètre pneumatique, piézomètre hydraulique à deux tubes |
En France, la norme NF P 94-157-1 (mars 1996), consacrée au tube piézométrique, figure toujours comme en vigueur au catalogue de l’AFNOR.
La différence compte pour le temps de réponse, c’est-à-dire le délai entre un changement de pression dans le sol et sa traduction dans la mesure. Selon la norme, il dépend surtout de la taille du réservoir, de la perméabilité du terrain et de la façon dont l’ouvrage a été posé. La norme ajoute deux constats : un piézomètre ouvert peut ne pas avoir un temps de réponse adapté dans un sol peu perméable, et un système fermé a généralement un temps de réponse plus court. Dans une argile, un tube ouvert relevé le lendemain de sa pose peut donc indiquer un niveau qui ne s’est pas encore établi.
Ce qui fait une mesure fiable
Un piézomètre mesure l’eau d’une couche donnée, celle où se trouve son filtre. La norme décrit la zone de captage comme la partie de l’ouvrage bornée par des bouchons d’étanchéité, qui séparent hydrauliquement les nappes. L’arrêté du 18 mars 2026 interdit d’ailleurs qu’un forage relie deux nappes superposées que le terrain isolait naturellement.
Quand l’ouvrage relève de la rubrique 1.1.1.0 (voir plus bas), l’arrêté du 11 septembre 2003 fixe aussi des règles de réalisation : cimentation de l’espace entre le tubage et le terrain, injectée depuis le bas (article 7) ; tête de l’ouvrage protégée, fermée par un capot et identifiée par une plaque (article 8).
Trois questions à poser avant la pose :
- Quelle couche suit-on ? Celle que le fond de fouille, le plancher bas ou le radier atteindront.
- Quel repère ? Les niveaux se lisent par rapport à la tête de l’ouvrage ; son altitude doit être relevée pour comparer les ouvrages entre eux et avec le projet.
- Qui relève, à quelle fréquence, jusqu’à quand ? Le programme doit le dire, et le rapport en montrer les limites.
Relever et lire les niveaux
Dans un tube ouvert, on mesure la profondeur de l’eau sous la tête ; dans un système fermé, un capteur mesure la pression au niveau du filtre. Chaque relevé se note avec sa date, et une série se lit à la lumière de la saison et des pluies qui l’ont précédée.
Pour situer l’année observée, le BRGM publie chaque mois un bulletin de situation des nappes, qui compare le mois en cours à au moins quinze ans de données. Le portail ADES rassemble les niveaux des piézomètres publics : un relevé de quelques mois sur la parcelle se compare à la chronique longue d’un ouvrage qui capte la même nappe.
Les forages voisins de la Banque du sous-sol du BRGM sont une autre ressource, momentanément hors ligne : le site InfoTerre est fermé depuis le 21 octobre 2026 à la demande de l’ANSSI, et une version bêta est annoncée pour fin décembre 2026.
Combien de temps le suivre
Selon le BRGM, la recharge des nappes s’étend du début de l’automne (septembre, octobre) au début du printemps (mars, avril) ; les nappes dites inertielles ont un cycle pluriannuel, les nappes réactives un cycle annuel, très sensible au manque de pluie. Un suivi utile couvre donc au moins une recharge pour approcher les hautes eaux de l’année. Pour un projet très dépendant de l’eau, la comparaison avec une chronique publique dira si cette année était sèche ou humide.
Le piézomètre sert aussi pendant les travaux, par exemple pour suivre l’effet d’un pompage sur la nappe. Ce suivi entre dans l’exécution (G3) et sa supervision (G4) ; voir aussi l’instrumentation et le suivi d’un ouvrage.
Les déclarations
Deux régimes se superposent aujourd’hui, et un troisième se prépare.
- Le code minier, au-delà de dix mètres. L’article L. 411-1 impose à toute personne qui exécute un sondage, un ouvrage souterrain ou une fouille dont la profondeur dépasse dix mètres sous la surface du sol une déclaration préalable auprès de l’autorité administrative compétente. Elle se fait en ligne sur le téléservice DUPLOS du BRGM.
- Le code de l’environnement, quelle que soit la profondeur. La rubrique 1.1.1.0 de l’article R. 214-1 soumet à déclaration les sondages et forages non destinés à un usage domestique, exécutés en vue de la recherche ou de la surveillance d’eaux souterraines. Selon le ministère, ce régime s’applique jusqu’à fin 2027, avec les règles de l’arrêté du 11 septembre 2003 : informer le préfet au moins un mois avant le début des travaux (article 5) et lui remettre un rapport de fin de travaux dans les deux mois (article 10).
- À partir du 31 décembre 2027. L’arrêté du 18 mars 2026 remplacera celui de 2003. Il vise expressément les piézomètres, y compris ceux d’une investigation géotechnique ; parmi les forages d’investigation géotechnique, seuls ceux qui ne mesurent pas la nappe en sont exclus. Selon le ministère, les entreprises de forage devront être certifiées à cette date, avec un module dédié aux piézomètres, et tous les forages d’eau seront déclarés selon le code minier, quels que soient leur usage et leur profondeur ; sa page situe cette déclaration tantôt à l’été, tantôt à la fin de 2027, et sera actualisée à la publication des textes d’application.
L’arrêté de 2026 met la déclaration de la réalisation et du comblement à la charge du maître d’ouvrage. En pratique, le devis doit dire qui prépare ces déclarations.
Le rebouchage
Un piézomètre ne se laisse pas à l’abandon. L’article 13 de l’arrêté du 11 septembre 2003 impose de combler tout ouvrage abandonné par des techniques qui empêchent la circulation d’eau entre les nappes traversées et le transfert de pollution. Les formalités dépendent du cas :
| Situation de l’ouvrage | Formalité |
|---|---|
| Dans un périmètre de protection de captage d’eau potable, ou qui recoupe plusieurs nappes superposées | Information du préfet au moins un mois avant le comblement, puis compte rendu dans les deux mois qui le suivent |
| Autres ouvrages | Rapport au préfet dans les deux mois qui suivent le comblement |
| Ouvrage réalisé pour les travaux et non conservé | Comblement dès la fin des travaux, sauf s’il sert à la surveillance des eaux souterraines |
Une fois ce rapport remis, l’ouvrage n’a plus à être entretenu ni surveillé. L’arrêté de 2026 reprend le principe et ajoute le retrait préalable des équipements. Le comblement, son coût et son responsable se prévoient dès le devis, comme le reste du programme d’investigations.
Pour la conception de l’ouvrage enterré, voir l’étude hydrogéologique et son prix ; pour les autres sondages, le guide des sondages géotechniques.
Rédaction Solintek. Mise à jour le 28 octobre 2026.
Sources et références :
- BRGM, nappes phréatiques et suivi de l'eau souterraine, consulté le 28 octobre 2026
- ADES, portail national d'accès aux données sur les eaux souterraines, consulté le 28 octobre 2026
- AFNOR, NF EN ISO 18674-4, surveillance géotechnique par instrumentation in situ, piézomètres, juillet 2020
- ISO 18674-4:2020, surveillance géotechnique par instrumentation in situ, piézomètres, extrait public
- AFNOR, NF P94-157-1, mesure de la pression interstitielle, tube piézométrique, mars 1996
- Code minier, article L. 411-1, version en vigueur
- Service-public.gouv.fr, téléservice DUPLOS du BRGM
- Code de l'environnement, article R. 214-1, rubrique 1.1.1.0, version en vigueur depuis le 29 août 2025
- Arrêté du 11 septembre 2003, prescriptions générales des sondages et forages de la rubrique 1.1.1.0
- Arrêté du 11 septembre 2003, article 13, comblement des ouvrages abandonnés
- Arrêté du 18 mars 2026 fixant les règles générales des forages non domestiques, en vigueur le 31 décembre 2027
- Ministère de la Transition écologique, forages d'eau souterraine, mis à jour le 24 août 2026
- BRGM, InfoTerre, avis de fermeture du 21 octobre 2026, consulté le 28 octobre 2026