La note du Cerema sur la portance des plates-formes (mars 2018) part d’un constat : tout projet de route, de voie ferrée, de fondation d’ouvrage ou de bâtiment industriel demande de préparer un support apte à recevoir la structure. En voirie, ce support s’appelle la plate-forme support de chaussée.
Où elle se place
Le guide des terrassements des remblais et des couches de forme (GTR, édition 2023) emploie trois termes, de bas en haut :
- La partie supérieure des terrassements (PST) : les matériaux situés sur environ 1 m sous la couche de forme, c’est-à-dire le dernier mètre terrassé, en déblai ou en remblai. Le GTR distingue huit cas de PST, numérotés de 0 à 7, selon la nature et l’état hydrique de ces matériaux.
- L’arase des terrassements (AR) : la surface de la PST, qui sert de support à la couche de forme. Sa portance est rangée en classes AR0 à AR4.
- La plate-forme (PF) : la surface sur laquelle repose la chaussée, rangée en classes PF1 à PF4.
Le Cerema définit la plate-forme comme la surface de sol en place terrassée et nivelée, éventuellement traitée, sur laquelle repose la structure de chaussée. Selon les matériaux de la PST, une couche de forme est fréquemment nécessaire, et il revient au géotechnicien d’en définir les caractéristiques.
Un double rôle
Toujours selon la note de 2018, la plate-forme doit répondre à deux objectifs :
- à court terme, permettre la mise en œuvre de la chaussée, son nivellement et son compactage, et la circulation des engins de chantier ;
- à long terme, répondre aux hypothèses de dimensionnement de la chaussée, en s’affranchissant de l’évolution des matériaux en place.
Le Cerema ajoute que la plate-forme entre désormais dans le dimensionnement : de meilleures performances de la plate-forme peuvent permettre de réduire l’épaisseur de la chaussée, sous réserve d’études appropriées.
Les classes de plateforme
Les classes se définissent par le module de déformation, celui que mesure l’essai à la plaque. La note du Cerema de mars 2017 rappelle que le GTR de 2000 distinguait PF1 (20 à 50 MPa), PF2 (50 à 120 MPa), PF3 (120 à 200 MPa) et PF4 (plus de 200 MPa), et que la norme de dimensionnement des chaussées neuves NF P 98-086, dans son édition de 2011, a scindé la PF2 en PF2 (50 à 80 MPa) et PF2qs, de qualité supérieure (80 à 120 MPa). La norme a été rééditée en mai 2019.
En 2017, le GTR ne donnait pas d’épaisseur de couche de forme pour viser une PF2qs, d’où la note du Cerema. L’édition de 2023 du guide intègre désormais ce dimensionnement, pour les couches de forme granulaires et traitées.
Les matériaux
Les sols traités
Les tableaux d’utilisation en couche de forme du GTR de 2023 fixent, pour chaque sol, ce qui est possible. Pour les sols fins et intermédiaires :
| Sol | Conditions d’emploi en couche de forme selon le GTR |
|---|---|
| F1, limons peu plastiques | Traitement nécessaire, aux liants hydrauliques éventuellement associés à la chaux ; maîtrise de l’état hydrique souvent délicate |
| F2 | Traitement associant le plus souvent chaux et liant hydraulique ; la chaux peut aussi ajuster l’état hydrique d’un sol trop humide |
| F3, argiles | Traitement mixte chaux et liant hydraulique ; chaux seule envisageable pour les plus plastiques, notamment s’il n’y a pas de risque de gel peu après ; emploi à l’état sec déconseillé |
| F4, argiles très plastiques | Normalement inutilisables |
| I1 et I2 | Traitement nécessaire, aux liants hydrauliques ou associant chaux et liant selon l’argilosité |
Dans tous ces cas, le GTR exige une étude de traitement conforme au guide du traitement des sols à la chaux et aux liants hydrauliques (GTS, Sétra et LCPC, 2000), et, sur le chantier, une attention particulière aux teneurs en eau visées par l’étude. Faute de pouvoir maîtriser l’état hydrique du mélange, il exclut le traitement sous la pluie, même faible, pour les sols F1, F2, I1 et I2, et pour les F3 sous une pluie forte ou une évaporation importante.
Les matériaux granulaires et le gel
Les matériaux granulaires non traités, sables, graves et roches concassées, ont leurs propres conditions dans les mêmes tableaux. Le GTR classe en outre les matériaux de PST et de couche de forme selon leur sensibilité au gel : non gélifs, peu gélifs ou très gélifs, d’après des essais propres à leur nature et à leur traitement. Il range aussi des matériaux alternatifs, bétons concassés, fraisats d’enrobés, laitiers ou mâchefers, chacun avec ses critères, ce qui ouvre la voie au réemploi décrit dans le guide de la géotechnique sobre.
La nature et l’état des sols se lisent dans le guide de la classification GTR.
Quelle épaisseur
Les valeurs ci-dessous sont celles de la note du Cerema de 2017 ; c’est désormais le GTR de 2023 qui fait référence. La note préconise, pour obtenir une PF2qs :
- en matériau non traité, de 0,30 m à 1,00 m selon la classe du matériau, le cas de PST et la classe d’arase ; à défaut de planche d’essais ou de retour d’expérience validé, la valeur haute de la fourchette s’impose, et un géotextile adapté peut faire gagner une dizaine de centimètres dans certains cas ;
- en sol argileux de classe A3 traité à la chaux seule (dénomination de l’édition de 2000), 45 à 60 cm, sous réserve de performances mesurées en laboratoire et d’une étude de gonflement au gel.
Pour les matériaux traités aux liants hydrauliques, ses tableaux vont de 25 à 55 cm selon la classe mécanique du matériau, la classe d’arase et la plateforme visée, de la PF2 à la PF4. Ils supposent une arase d’au moins 35 MPa, module minimal pour réaliser une couche de forme en sol traité.
La note observe qu’en pratique les couches de forme traitées aux liants hydrauliques visent surtout des plateformes PF3 ou PF4, et recommande de limiter les PF2 et PF2qs traitées à des chantiers particuliers, voiries à faible trafic ou emprises restreintes. Elle précise que ses épaisseurs s’entendent sous réserve de vérifier la plateforme obtenue, quelle qu’en soit la classe.
Les contrôles
La note de 2018 est claire : mesurer le module de déformation en fin de travaux est nécessaire mais pas suffisant pour réceptionner une plate-forme. Il faut contrôler la qualité des matériaux, leur mise en œuvre (compactage, épaisseur des couches, réglage), la portance, et l’efficacité du drainage et de l’assainissement.
La méthode de mesure dépend du matériau :
- sur une couche non traitée ou traitée à la chaux, le critère de réception s’exprime le plus souvent en module de déformation, à la plaque ou à la dynaplaque, au moins 48 heures après un traitement à la chaux ;
- sur une couche traitée aux liants hydrauliques, la plaque et la dynaplaque ne sont en général pas conseillées : elles mesurent la raideur de la phase cimentaire, pas le module du dimensionnement. La réception peut alors s’appuyer sur la déflexion mesurée sous un essieu de 130 kN, avec des seuils par classe donnés par le GTS et complétés pour la PF2qs par la note de 2017.
Le compactage se juge, lui, par rapport à l’optimum Proctor : voir le guide de l’essai Proctor.
Sous un dallage ou un bâtiment
Pour une plateforme de bâtiment, la note de 2018 laisse au géotechnicien le soin de proposer les valeurs de réception ; les essais en jeu sont présentés dans le guide de l’essai à la plaque. Un dallage repose sur sa couche de forme et en suit les défauts : voir le guide du vide sanitaire et du dallage et la page des bâtiments d’activité.
Pour une voie, un parking ou un lotissement, la couche de forme se conçoit dans l’étude géotechnique de VRD, dont le prix est sur la page dédiée.
Rédaction Solintek. Mise à jour le 28 octobre 2026.
Sources et références :
- Cerema, note d'information n° 01, méthodologie de mesure de la portance des plates-formes, mars 2018
- Cerema, note d'information n° 02, dimensionnement des épaisseurs de couche de forme pour PF2qs, mars 2017
- IDRRIM et Cerema, guide des terrassements des remblais et des couches de forme, fascicule 2, annexes techniques, mai 2023
- Cerema, guide des terrassements des remblais et des couches de forme, édition 2024, présentation du 23 octobre 2024
- AFNOR, NF P 98-086, dimensionnement structurel des chaussées routières, application aux chaussées neuves, mai 2019